Nouvelles de FPC Une nuit au musée : une exploration empreinte d’empathie de nos histoires complexes Jean-Marc Mangin Nouvelles de FPC 8 mins lire 14 septembre 2026 Nouvelles et perspectives Nouvelles de FPC Une nuit au musée : une exploration empreinte d’empathie de nos histoires complexes « Les histoires sont à l’image de la vie… elles apportent à la fois un but, un sens et une source d’inspiration. Les histoires nous définissent. C’est pourquoi il faut aborder les histoires et leur narration avec soin, sensibilité et une grande prudence, car elles peuvent aider, guérir, mais aussi blesser. » (Niiagan Sinclair, Winipek, Visions of Canada from An Indigenous Centre, 2025 p. 191) 600 participants se réuniront prochainement à Winnipeg à l’occasion de la plus grande conférence jamais organisée par FPC sur le thème de la réciprocité. L’un des temps forts de cet événement sera une réception au célèbre Musée canadien pour les droits de la personne; le premier musée national au monde entièrement consacré à l’évolution, à la célébration et à l’avenir des droits de la personne. Ce musée incarne de manière émouvante et impressionnante les valeurs canadiennes. Bien entendu, les droits de la personne suscitent souvent de vives controverses et des débats animés. Ces débats exigent réflexion, dialogue et transparence. Depuis son ouverture en 2014, le Musée a fait l’objet de plusieurs controverses importantes concernant ses expositions, sa culture de travail et l’indépendance de ses conservateurs. Comme cela a été largement rapporté, le Musée est depuis plusieurs mois au cœur d’une polémique concernant son exposition temporaire ‘’Palestine déracinée : La Nakba au passé et au présent ‘’ telle que l’ont vécue les Canadiens d’origine palestinienne. (Pour les Palestiniens, la Nakba représente la catastrophe – le déplacement forcé d’environ 750 000 Palestiniens lors de la guerre israélo-arabe de 1948). La décision de FPC d’organiser une réception au Musée canadien pour les droits de la personne Il y a un an, lorsque FPC a conclu des accords pour organiser cette réception, j’ignorais que cette exposition était en cours de préparation. Cependant, au cours de l’hiver, j’ai pris conscience que le projet d’exposition suscitait de réelles tensions à Winnipeg et dans tout le Canada. Nous avons discrètement consulté nos partenaires à Winnipeg. L’avis général était que la tenue d’une réception dans un lieu aussi important pour la ville restait un élément précieux de l’expérience de la conférence – en particulier une conférence fondée sur la nécessité de la réciprocité et d’un dialogue constant. La controverse, les choix de programmation et toute mesure corrective doivent être traités dans leur intégralité par la direction et le conseil d’administration du Musée, et non par FPC, qui ne prendra position ni pour ni contre. L’avis général était que la tenue d’une réception dans un lieu aussi important pour la ville restait un élément précieux de l’expérience de la conférence – en particulier une conférence fondée sur la nécessité de la réciprocité et d’un dialogue constant. Depuis cet examen et la décision de maintenir notre réception au Musée, la polémique n’a fait que s’amplifier. Après avoir visité l’exposition lui-même, le ministre de la Culture, Marc Miller, a déclaré publiquement que le Musée avait commis des erreurs dans ses choix de de programmation (tout en respectant l’indépendance de l’institution); un membre fort respecté du conseil d’administration du Musée a démissionné à la suite de cette affaire et la Fondation Asper a désormais suspendu son soutien au Musée. (Il faut rappeler qu’aucun musée national des droits de l’homme n’existerait sans la vision personnelle et le leadership d’Israel et Gail Asper, ni sans les contributions financières importantes et de longue date de la Fondation Asper, membre fondateur de FPC). Comment notre communauté a réagi et comment nous avons répondu à cette situation Bien que de vives divergences d’opinions constituent depuis toujours une caractéristique déterminante de la communauté juive canadienne, les organisations juives traditionnelles ont formulé des critiques tout aussi virulentes à l’égard de l’exposition, notamment en lui reprochant de ne pas fournir un contexte suffisant concernant la guerre de 1948, du conflit qui persiste et des massacres d’octobre 2023 perpétrés par le Hamas. Plusieurs détracteurs craignent que l’exposition ne contribue involontairement à créer un climat dans lequel les Juifs canadiens sont pris pour cible et (re)traumatisés, et où la légitimité de l’existence d’Israël est remise en cause. (Depuis 1947, le Canada est resté inébranlable dans son soutien à l’existence d’Israël et une solution négociée à deux États.) Compte tenu de ces craintes et de cette controverse, certains participants juifs (travaillant tant pour des fondations juives que non juives) envisagent désormais de ne pas assister à la réception organisée par FPC au Musée. Cette situation est préoccupante à bien des égards. Il m’incombe personnellement de créer un environnement d’apprentissage et de collaboration qui soit inclusif, favorise le pluralisme et un débat rigoureux, tout en garantissant la sécurité de tous les participants. En 2022, j’ai réagi rapidement pour dénoncer publiquement les agressions verbales islamophobes dont ont été victimes des participants, à quelques pâtés de maisons du lieu de la conférence de FPC à Montréal, et pour m’assurer qu’ils bénéficient du soutien dont ils avaient besoin. En 2024, bien qu’aucun incident ne se soit produit, FPC était prêt à intervenir alors que les esprits restaient tendus de part et d’autre au sujet du conflit armé israélo-palestinien. J’ai trouvé encourageant que l’initiative de dialogue lancée par FPC en 2024 ait débouché sur des outils concrets et de nouvelles collaborations. Ce dialogue a permis des échanges difficiles, mais aussi riches et nuancés, où l’écoute active jouait un rôle essentiel. Au sein du secteur philanthropique canadien, cette initiative a redynamisé un espace pluraliste fondé sur des valeurs communes (en alternative à la création d’un terrain d’entente « neutre » et fragile, susceptible de glisser facilement vers de fausses équivalences morales et le silence). L’un des héritages de ces conversations a été la création de relations personnelles et de nouvelles collaborations – notamment l’émergence du Democracy Funders Network (qui se réunira en marge de la conférence de Winnipeg). Il m’incombe personnellement de créer un environnement d’apprentissage et de collaboration qui soit inclusif, favorise le pluralisme et un débat rigoureux, tout en garantissant la sécurité de tous les participants. Ce que nous devons tous faire dans l’esprit de la réflexion, du dialogue et de la réciprocité C’est dans cet esprit de dialogue que je vous invite tous à reconnaître nos différences bien réelles, sans pour autant laisser celles-ci nous diviser. Il doit être clair pour chaque participant à cette conférence que notre accueil au Musée n’implique ni approbation ni critique de ses choix de programmation. Les récits des Canadiens d’origine palestinienne sont sans aucun doute des récits canadiens qui méritent une place au sein du Musée. Je m’abstiendrai de tout jugement personnel quant à savoir si le musée parvient à les raconter avec justesse et avec l’attention nécessaire aux faits historiques. J’ai l’intention de découvrir l’exposition sur la Nakba à la fois avec empathie et un regard critique. Je vous encourage à faire de même, mais aussi à découvrir autant de salles d’exposition que possible – parmi lesquelles figure une exposition émouvante consacrée à la purge des personnes LGBT au Canada. Vous y trouverez peut-être votre propre histoire ou découvrirez des aspects de celle de vos concitoyens que vous connaissiez peu. Chaque fois que je me rends au Musée, je profite de l’occasion pour visiter la « Tour de l’Espoir Israel Asper », qui symbolise le passage des ténèbres à la lumière. Bien sûr, la tour offre une vue imprenable sur Winnipeg, mais c’est aussi l’endroit idéal pour ressentir la puissance et la présence du ciel des Prairies. Ce ciel – et les conditions météorologiques souvent rudes qu’il peut faire régner – me rappelle qu’il y a de la place pour que chacun puisse raconter son parcours vers l’égalité et la justice, mais qu’il faut le faire en respectant scrupuleusement les faits historiques, avec sensibilité et prudence. Partager cet article
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