25 septembre, 2020
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En réponse au webinaire « Est-ce que les organismes caritatifs sont prêts pour la finance sociale ? »

Nathan Cohen-Fournier – Responsable, Finance sociale, Fondation Lucie et André Chagnon

La finance sociale est un sujet qui fait couler bien de l’encre ces dernières années, avec l’émergence mondiale de l’investissement d’impact (impact investing). Les investisseurs, qu’ils soient philanthropiques ou non, ont tendance à vouloir stimuler l’offre de capital en finance sociale. Cette approche engendre la prolifération de fonds d’impact et d’intermédiaires pour disséminer ce capital de nature hybride.

L’étude d’Imagine Canada – présentée par Adam Jog dans le cadre du webinaire offert par FPC – est significative car, plutôt que de se pencher sur l’offre des instruments de finance sociale, elle se penche sur la demande pour ceux-ci. La question qu’elle pose est centrale: Les organismes caritatifs sont-ils prêts pour la finance sociale ?

Avant d’entrer dans le cœur du sujet, Jog couvre certains thèmes centraux. Qu’est-ce que la finance sociale et comment se distingue-t-elle d’autres thèmes comme l’impact investing, l’investissement responsable ou la finance solidaire?  Bien entendu, il y a des recoupements entre ces thèmes. Il demeure que la finance sociale est une créature hybride en quête de soi.

Jog se penche ensuite sur la méthodologie du sondage qui est allé chercher quelque 1 018 répondants au sein d’organismes caritatifs à travers le Canada. Il est dommage que l’étude n’inclue pas les coopératives afin de mieux cerner la demande des acteurs de l’économie sociale plus généralement. N’empêche que le sondage couvre un terrain vaste et représentatif des organismes caritatifs canadiens.

Les résultats de l’étude s’avèrent plutôt révélateurs : les organismes caritatifs canadiens ne sont que peu ou pas prêts – ou même enclins! – à se servir de la finance sociale. La plupart des organismes caritatifs (66%) ne sont pas ou sont peu sensibilisés à la finance sociale. 56% d’entre eux ont peu d’appétit pour s’endetter, même si cet endettement se  faisait hypothétiquement grâce à des outils de finance sociale plus patients et à taux d’intérêt moindres. Ce sont surtout les organismes caritatifs plus larges, ceux qui ne dépendent pas uniquement de dons et/ou ceux agissant à l’échelle nationale, qui sont enclins à se servir d’outils de finance sociale.

En tant que praticien dans le secteur de la finance sociale, ces statistiques sont révélatrices. Elles renforcent le fait que se concentrer sur l’offre de capital et le développement d’intermédiaires ne suffit pas. Il devient d’autant plus essentiel de soutenir la capacité d’agir et de transformation des organismes caritatifs : l’agilité de leurs capacités organisationnelles ainsi que leurs capacités d’absorption d’une nouvelle forme de capital non-subventionnaire. Comment? En créant un « environnement facilitateur » [enabling environment] selon Jog et en soutenant la résilience des organismes caritatifs, plutôt que simplement leur capacité. Jog ne se penche pas davantage sur les pistes de solution. Cela n’enlève rien à son étude rigoureuse et révélatrice : la finance sociale, loin d’être une panacée, doit s’adapter davantage aux besoins des milieux avant de répondre à ceux des investisseurs.

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