14 mai, 2021
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Réflexions sur la façon dont nous bâtissons un avenir financier plus équitable et plus transparent au Canada

Narinder Dhami, directeur associé Marigold Capital & associé fondateur New Power Labs et Tracey Robertson, responsable de l’innovation, des investissements en partenariat au sein de la Fondation Trillium de l’Ontario et associé fondateur New Power Labs

La COVID-19 a mis en lumière les inégalités croissantes dans les sociétés, le racisme systémique et l’impact disproportionné qui affecte les communautés marginalisées. Il est essentiel que les fondations, les philanthropes et les investisseurs d’impact mettent en place des moyens originaux et inclusifs qui permettront de bâtir un monde où la prospérité sociale et économique sera une réalité pour toutes et tous, en éliminant les préjugés et la discrimination dans les flux de capitaux qui existent dans la philanthropie et qui ont un effet sur l’investissement. Nous avons l’opportunité et l’obligation de faire mieux.

Même si l’année 2020 a offert à bon nombre d’entre nous une toute première opportunité de discuter ouvertement du racisme et de la discrimination dans le secteur social, notre travail actuel en vue d’établir un avenir financier plus équitable pour toutes les Canadiennes et tous les Canadiens continue de faire face à de nombreux défis. Le 5 mai dernier, Fondations philanthropiques Canada a organisé un webinaire intitulé « Investing for Recovery and Resilience: The Innovative Model of New Power Labs » (NdT : Investir pour la relance et la résilience : le modèle innovant de New Power Labs). New Power Labs est la première plateforme nationale destinée aux investisseurs, éducateurs, institutions financières, gestionnaires d’actifs, organismes de justice sociale, philanthropes et gouvernements afin qu’ils travaillent ensemble pour bâtir un secteur financier équitable et inclusif. New Power Labs met en place un mouvement destiné à faciliter l’accès à des capitaux et l’allocation de capitaux au profit de collectivités et de groupes souvent exclus. Le webinaire a été présenté et animé par Narinder Dhami (par ailleurs, un des auteurs de ce billet), et regroupait au sein du panel : Adam Spence, fondateur et chef de la direction de SVX, Victor Beausoleil, directeur général de SETSI, et Jory Cohen, directeur des finances et de l’investissement d’impact à la Fondation Inspirit. Chaque panéliste a partagé son expérience sur les importants travaux qu’il dirige.

Plusieurs défis auxquels ils sont confrontés dans leurs missions ont été abordés.

Une mentalité binaire est présente dans l’ensemble du secteur social

Dans une perspective binaire (dans laquelle nous sommes soit les bons soit les méchants), nous pensons souvent que nous faisons le bien. C’est une mentalité permanente au sein du secteur social. Nous ne remettons pas en question les politiques, les pratiques et les résultats, car nous sommes de bonnes personnes, avec de bonnes intentions et nous faisons du bon travail. Mais, si on se limite à cette perspective binaire, sommes-nous en mesure de nous améliorer et de faire mieux ? Sommes-nous en mesure de générer le plus grand impact potentiel ? Nous assurons-nous que nos programmes ne créent aucun dommage ? Sommes-nous en mesure d’identifier nos angles morts et de nous attaquer aux préjugés ? Sommes-nous coincés dans une approche rigide, axée sur des cases à cocher ? Notre application à être de bonnes personnes dans le secteur social met en péril notre capacité à mieux reconstruire quand le moment viendra.

Notre système financier repose sur le capitalisme et le colonialisme

Près de 90 % des transactions d’investissement au Canada sont à destination d’entreprises fondées exclusivement par des hommes. Les organismes noirs ne reçoivent que 7 sous pour chaque tranche de 100 dollars versée aux grands organismes de bienfaisance du Canada. Il est clair que beaucoup de structures sont encore exclues de l’accès aux capitaux. Même les « convertis » ont du travail à faire. Le déploiement de capitaux d’investissement d’impact par les fondations canadiennes se fait presque exclusivement par des investissements auprès de gestionnaires de fonds d’impact qui sont blancs et/ou masculins. Edgar Villanueva dans « Decolonizing Wealth » dit : « Malgré tous les discours sur la diversité, l’équité et l’inclusion, et les progrès qui ont été réalisés dans les fondations, quand on regarde qui reçoit de l’argent, nous faisons encore face à une injustice majeure. » Aujourd’hui, nous honorons des organismes dirigés par des blancs qui appuient les communautés de personnes de couleur tandis que les leaders de couleur dans l’univers du financement, qui peuvent conduire à des changements dans leurs communautés, sont considérés comme « trop risqués ».

Des données fragmentées et des recherches limitées restreignent notre compréhension

Nous continuons de nous référer à des données américaines pour démontrer qu’au Canada les flux de capitaux sont inéquitablement dirigés. Les données recueillies à travers notre pays sont fragmentées, mais elles brossent néanmoins un tableau où l’on perçoit des inégalités, de la discrimination systémique et du racisme dans l’accès aux capitaux, que ce soit pour la philanthropie ou pour l’investissement d’impact. Mais comme cette situation est observée de façon incomplète, cela rend plus difficile le changement et fait que nous sommes moins informés et moins équipés pour faire face aux inégalités. Il est essentiel que nous identifiions les lacunes de la recherche et que nous trouvions des solutions. Il est aussi essentiel que nous recueillions des données désagrégées et que nous commencions à mesurer systématiquement les changements.

Nous subissons les effets d’une mentalité marquée la peur de manquer

L’omniprésence de la crainte de manquer dans notre mentalité nuit à notre capacité de bâtir un monde plus équitable. Cet état d’esprit nous fait penser que nous n’avons pas assez d’argent pour investir auprès de leaders issus de la diversité, car il y aurait alors moins de fonds pour les dirigeants connus et pour les organisations dirigées par des Blancs. Et si nous investissons dans la diversité, cette même mentalité nous conduit aussi à donner trop d’importance à cet investissement unique et nous laissons sur le bord du chemin un portefeuille plus vaste de destinataires possibles. Elle laisse ceux qui ont le moins de pouvoir, sans accès aux fonds. Et cela nous conduit à penser que nous n’avons pas le pouvoir de stimuler le changement. Un état d’esprit envahi par la crainte de manquer favorise l’existence d’un racisme structurel et systémique.

Victor Beausoleil, directeur général de SETSI dit : « Les gens s’intéressent beaucoup à la partie finance de la finance sociale, mais moins à la partie sociale. Parce que dans “social” il y a tout le monde. Si vous faites partie d’un écosystème qui est resté stratifié et fermé pendant des décennies, et que vous êtes un dirigeant de ce système, et que vous ne faites pas avancer les choses, alors il est évident que vous êtes devenu coupable et complice de cet écosystème. »

Nous avons l’opportunité et la volonté de faire mieux.

Il faut changer la façon dont nous déployons des capitaux et dont nous choisissons les destinataires des fonds

Au Canada, avec plus d’un million d’investisseurs accrédités, 3000 structures familiales et 6000 fondations, qui montrent tous leur bonne volonté, actualisent leurs pratiques et éliminent les obstacles, il est clair que des capitaux peuvent être débloqués au profit de ceux qui sont souvent exclus. Nous pouvons renverser les orthodoxies, remettre en question le statu quo et investir dans des créateurs, des gestionnaires et des dirigeants actuellement sous-évalués. Il y a, par ailleurs, tout un ventre mou de politiques et d’infrastructures culturelles qui doit être modifié et transformé dans le même temps.

Sensibilisons la population, car nous pouvons tous contribuer aux changements systémiques

Les discussions sur les pratiques d’exclusion qui engendrent des flux de capitaux inéquitables se développent, mais elles se limitent souvent à de petits groupes de « convertis » et ces débats restent en dehors des discussions générales. En développant notre base de référence et en mettant en évidence des modèles de changement efficaces, nous pouvons commencer à mettre l’équité au centre de notre travail (et de nos vies) pour aboutir à des changements systémiques qui se pourront croître ensuite.

Il faut connaître notre base de référence, établir des objectifs et mettre en place des systèmes d’imputabilité

Au cours de notre discussion, le groupe a été unanime pour donner au secteur de la finance sociale des notes médiocres (c’est-à-dire sous la note de passage) en matière de diversité, d’équité et d’inclusion. C’est un constat dur, mais réaliste. Il nous faut travailler davantage pour comprendre notre base de référence, établir des objectifs de changement et établir des mesures d’imputabilité. Il s’agit de tout un processus à développer et nous suivrons et évaluerons les changements au fur et à mesure de nos avancées.

Bâtissons un écosystème et construisons un mouvement

Pour Gottlieb Hildy de SSIR : « Les mouvements sont à la recherche de changements radicaux. Alors que les organisations se satisfont souvent d’améliorations progressives. Pérenniser un mouvement, c’est pérenniser l’action. » Au cours de la présentation du panel, nous avons mis de l’avant des initiatives et des programmes émergents qui sont alignés sur le mouvement New Power Labs. Alors que beaucoup d’entre nous œuvrent pour instaurer une plus grande équité à travers notre travail, la plupart s’engagent dans des cheminements souvent opaques et fragmentés. En favorisant la formation d’un mouvement global qui facilite les démarches individuelles, nous pouvons faire passer notre travail collectif d’un rôle « évolutionnel » à un rôle transformationnel. New Power Labs soutient les individus et les institutions dans ce cheminement.

Un engagement profond qui est au service d’une voie à suivre inclusive

New Power Labs est une plateforme co-créée qui est centrée sur la transformation. L’objectif est de mettre en place un mouvement visant à développer l’accès à des capitaux, et l’allocation de capitaux, au profit de communautés et de groupes souvent exclus. Dans ce mouvement, de nouvelles méthodes de finance, d’économie, d’appréciation de la richesse et de capitalisme déboulonnent de façon permanente des modèles hiérarchisés, démodés et biaisés. Notre groupe de partenaires fondateurs se développe et il comprend Marigold Capital, DUCA Impact Lab, la Fondation Trillium de l’Ontario et les Fondations communautaires du Canada.

Bâtir un avenir financier plus équitable est un travail collectif. New Power Labs agrège, synthétise et complète des travaux en cours partout au pays pour aider à atteindre cet objectif audacieux et pressant. Pour lutter contre les inégalités et déplacer notre base de référence actuelle, nous devons être à l’aise avec l’idée d’être mal à l’aise. L’apport de chacun d’entre nous est crucial. L’imputabilité est cruciale. L’amour, le partage et la coopération sont cruciaux en tant que principes directeurs.

Nous vous invitons à rejoindre ce cheminement collectif pour bâtir un Canada plus équitable. Joignez-vous à nous en tant que membre de New Power Labs pour relever un défi et associer votre travail à l’avancement d’un changement systémique à travers le Canada.

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