26 novembre, 2021
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CE QU’IL NE FALLAIT PAS MANQUER : SEPT CONSEILS PRATIQUES POUR LES BAILLEURS DE FONDS, TIRÉS DE LA CONFÉRENCE ANNUELLE DE FPC

Kylie Adair, éditrice de contenu au sein de Future of Good

Ce document est développé en partenariat avec Fondations philanthropiques Canada. Voir l’article original de Future of Good (en anglais) ici.

La philanthropie canadienne est en pleine mutation.

Les appels à la transformation du secteur émergent de toutes parts, y compris de l’intérieur de celui-ci. Les promoteurs du changement veulent que les bailleurs de fonds partagent plus de pouvoir avec les donataires, allouent des ressources aux communautés plus rapidement et avec des volumes plus élevés. Ils poussent à un changement réglementaire d’envergure qui pourrait bouleverser jusqu’à la philosophie même qui est à la base la philanthropie.

Comment un bailleur de fonds peut-il s’y retrouver au milieu des changements qui se multiplient autour de lui ? En se rassemblant avec des pairs et en collaborant, comme lors de la conférence annuelle 2021 de Fondations philanthropiques Canada, intitulée Philanthropie et bien commun : renouveler nos pratiques, renforcer notre impact.

Voici sept points à retenir, sept enseignements à tirer et à mettre en pratique qui sont le fruit du travail des dizaines de conférenciers qui ont participé à la conférence.

EXAMINEZ VOTRE PROPRE DÉFINITION DU DON – ET CE QU’ELLE SOUS-TEND.

Lors de la séance d’ouverture de la conférence, l’honorable Murray Sinclair (ou Mizanay Gheezhik), ancien sénateur du Canada et président de la Commission de vérité et de réconciliation liée à la question des pensionnats indiens, a exhorté la philanthropie canadienne à prendre en compte les nombreuses variantes au sein des philosophies autochtones en ce qui a trait à la pratique des dons. L’une d’entre-elles est que le don devrait faire partie d’une cérémonie. Murray Sinclair a déclaré que la pratique du don devrait venir avec des paroles qui viennent du cœur, avec des connexions authentiques et avec la construction d’une amitié qui est la racine même de la réconciliation.

Dans la culture de Murray Sinclair — il est anishinaabe et membre de la Première Nation Peguis —, faire des dons n’a « pas seulement pour but d’apaiser une partie de mon âme ou ma culpabilité. Le don fait partie de cette philosophie de réconciliation… Je veux être ton ami. Je veux que tu sois mon ami. Et le don est un symbole de notre amitié. »

NE SOYEZ PAS DU MAUVAIS CÔTÉ DE L’HISTOIRE, QUAND IL S’AGIT DE RÉPONDRE À DES CHANGEMENTS MAJEURS AU SEIN DE LA SOCIÉTÉ.

Jennifer Holk, responsable de la stratégie au Monitor Institute, a déclaré : « Il y a une “segmentation” entre, d’un côté, un groupe de personnes qui veulent voir le changement se produire… le plus rapidement possible, et puis, d’autre part, un groupe qui – comment pourrais-je dire — a comme une peur de l’inconnu. Le monde entier change autour d’eux, et ils se demandent comment ils vont faire pour s’adapter »

Jennifer Holk a présenté les résistances qui pouvaient se dresser face à ce qu’elle et son équipe décrivaient comme les sept changements sociétaux majeurs à attendre de la prochaine décennie : l’élargissement de l’égalité économique, la polarisation politique extrême, l’évolution démographique, le nouvel élan autour de la justice raciale, l’omniprésence de la technologie et de l’accès à l’information, l’état d’urgence climatique et social, et le pacte (ou contrat) social qui est en mutation.

PRENEZ EN COMPTE LES CONSÉQUENCES INVOLONTAIRES DE VOTRE ACTIVITÉ PHILANTHROPIQUE.

Autrement dit, quelle est votre empreinte, votre bilan en matière d’inégalité ?

C’est la question que le Collectif des fondations québécoises contre les inégalités a posée aux participants de la conférence. Pour mettre cette question en perspective, le Collectif a expliqué que, tout comme chaque individu ou organisme a une empreinte climatique, il a aussi une empreinte en matière d’inégalité. Par inadvertance, chacun crée ou perpétue par ses actions de l’inégalité sociale et économique.

En philanthropie, ces pratiques « coupables » peuvent être, par exemple, la façon dont les fonds de dotation d’une fondation sont investis (ainsi, beaucoup sont investis dans les combustibles fossiles), la façon dont une fondation attribue des subventions (si ce subventionnement n’est pas basé sur la confiance et l’ouverture vis-à-vis des bénéficiaires), ou encore le fait que ces subventions elles-mêmes ne soient pas dirigées vers les communautés les plus touchées par les inégalités sociales et économiques.

UTILISEZ UNE APPROCHE ANALYTIQUE COMPARATIVE (« BENCHMARKING ») EN MATIÈRE D’ÉQUITÉ POUR ÉLABORER VOS AFFECTATIONS DE RESSOURCES.

Liban Abokor, membre du groupe de travail de la Fondation pour les communautés noires, a déclaré lors d’une autre session qu’une façon de répondre au dernier point soulevé par le Collectif (à savoir, vers où l’argent des subventions est-il dirigé ?) est de se livrer à une analyse comparative en matière d’équité.

Liban Abokor a exhorté les participants à entreprendre une analyse comparative en matière d’équité. Il s’agit, pour les fondations, de modifier les affectations des subventions pour mieux refléter non seulement la structure de la population canadienne (bien que ceci serait déjà un début, a-t-il précisé, en soulignant que ce n’est pas une pratique actuelle du monde philanthropique), mais aussi les besoins naturellement disproportionnés de communautés historiquement et présentement opprimées.

Selon les recherches menées en 2017 et 2018 par l’organisation de Liban Abokor (des entrevues qualitatives auprès de dix leaders du monde philanthropique et un examen des portefeuilles de subventionnement de 40 fondations canadiennes), les organismes dirigés par des Noirs, ciblant la population noire et au service de celle-ci (B3 organizations : Black-led, Black-focused, Black-serving), n’ont reçu que 0,3 % des fonds philanthropiques des fondations publiques privées et non communautaires étudiées (soit environ 250 000 $). Si ces mêmes fondations alignaient leurs financements sur le pourcentage de la population canadienne qui est noire (3,5 %), alors les organismes B3 auraient reçu plus de 32 millions de dollars. Et ce calcul ne tient même pas compte de la marginalisation et de l’oppression disproportionnées auxquelles les Canadiens noirs continuent de faire face; marginalisation et oppression qui donc engendrent des besoins de programmes et de services accrus.

REPOUSSEZ LES STRUCTURES COLONIALES TELLES QUE LE FONCTIONNEMENT AVEC DES DONATAIRES RECONNUS.

Bien sûr, les fondations sont quelque peu contraintes par les règles de l’Agence du revenu du Canada (ARC) en ce qui concerne les destinataires et les modes d’attribution de leurs financements.

Mais elles ne sont que quelque peu contraintes, ont déclaré les conférenciers d’une autre session de la conférence. Cette session était consacrée à la façon dont les fondations peuvent travailler dans le respect des règles de l’ARC pour financer directement les donataires non reconnus. Ces donataires non reconnus incluent des structures qui n’ont pas le statut d’organisme de bienfaisance et qui ne peuvent donc pas recevoir de subventions. Les conférenciers de cette session ont souligné qu’il existe en fait un moyen de financer directement les donataires non reconnus, mais que ce n’est pas par le biais de subventions. Au lieu des subventions, les fondations peuvent mettre en place des accords de service ou de mandat avec ces organismes qui, alors, effectuent leur travail au sein même du programme de la fondation.

Donc, non seulement ce fonctionnement est possible, mais il représente aussi un moyen crucial de s’assurer que les organismes dirigés par les communautés et qui travaillent au plus près de celles-ci sont financés. En effet, ces groupes de terrain de première ligne ont tendance à ne pas avoir le statut d’organisme de bienfaisance. Tamer Ibrahim, gestionnaire du programme Youth Collective Impact à la Laidlaw Foundation a déclaré : « Le fonctionnement du statut d’organisme de bienfaisance est une pratique coloniale. Il marginalise certaines populations spécifiques du Canada dont, en particulier les Noirs et les Autochtones qui peuvent et veulent faire un excellent travail communautaire ».

LA PHILANTHROPIE CLIMATIQUE DOIT ÊTRE VOLONTARISTE, MAIS AUSSI INTÉGRÉE DANS TOUT CE QUE VOUS FAITES.

Une séance de la conférence a célébré le lancement de l’Engagement de la philanthropie canadienne sur le dérèglement climatique – un engagement à « reconnaître l’urgence climatique croissante et le risque sérieux qu’elle présente pour la poursuite de nos objectifs philanthropiques ».

La modératrice de la séance, la directrice générale de Financeurs en Environnement au Canada (FEC), Devika Shah, a souligné que les bailleurs de fonds devraient s’engager avec une volonté affirmée à financer des réponses à la crise climatique, mais que cela ne voulait pas dire financer exclusivement des démarches écologiques. Ceci est d’autant plus vrai que les groupes racialisés ou autochtones sont à la fois les plus touchés et les plus susceptibles d’être en première ligne de l’urgence climatique. Devika Shah a déclaré : « Si vous agissez contre l’inégalité, ceci est bon pour le climat. Si vous agissez pour la biodiversité et des solutions axées sur la nature, c’est aussi bon pour le climat. Si vous agissez en faveur des droits des Autochtones, cela aussi c’est bon pour le climat… et vice versa ».

FAVORISEZ LE BIEN-ÊTRE DE VOS DONATAIRES – MAIS N’OUBLIEZ PAS POUR AUTANT CELUI DE VOTRE ORGANISATION.

Le bien-être a été le sujet d’une autre discussion animée par deux représentants d’une initiative mondiale appelée Wellbeing Project. L’organisme derrière ce projet a interrogé plus de 300 acteurs du changement à travers le monde (bailleurs de fonds et donataires) et a constaté que le travail à objectif social venait avec un coût psychologique : 55 % des personnes interrogées ont déclaré ressentir de l’épuisement professionnel ou des symptômes de dépression. D’un autre côté, lorsque des acteurs du changement travaillent avec le Wellbeing Project pour mettre en œuvre des pratiques de bien-être personnel, ils déclarent se sentir plus créatifs, plus innovants et plus ouverts à la collaboration.

Dana Preston, responsable du développement et des partenariats au sein du Wellbeing Project a déclaré : « Le bien-être [n’est] pas un luxe ou un petit plus à avoir. Le bien-être est essentiel. Et il est nécessaire pour développer la créativité, la durabilité et l’innovation qui sont des éléments indispensables si l’on veut relever les défis sociaux et environnementaux de notre époque ».

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