29 mai, 2020
Blogue Invites

Une Invitation à Prendre des Risques et à Bâtir des Ponts : Observations et Réflexions Sur Le Webinaire « COVID-19, Indigenous Perspectives and Solutions » de FPC

Katie MacDonald, Coordonnatrice de l'engagement culturel et communautaire à Calgary Foundation

Je suis certaine que vous avez entendu l’expression « période sans précédent » maintes et maintes fois au cours des derniers mois. Presque du jour au lendemain, nous avons tous dû changer nos façons de penser et de travailler pour nous adapter à cette « nouvelle normalité ». Il ne fait aucun doute que les effets et les conséquences de cette pandémie nous ont tous obligés, fondations et partenaires philanthropiques y compris, à faire preuve d’agilité et à répondre d’urgence aux besoins en constante évolution de nos communautés.

Cependant, j’estime aussi qu’il est important de reconnaître certaines vérités plus profondes liées à cette déclaration et d’admettre qu’en affirmant que la période actuelle est sans précédent, nous faisons fi des épreuves historiques (et contemporaines) que les Premières Nations, les Métis et les Inuits ont subies lors des pandémies précédentes. Je tiens aussi à reconnaître que nous [les institutions philanthropiques] étions invités à changer notre approche de la gestion de ce travail depuis un bon moment et que ce n’est que maintenant que les graines du changement que nous avons semées reçoivent l’attention et les soins dont elles ont besoin pour s’enraciner et pour croître.

Alors, pourquoi a-t-il fallu la pandémie de COVID-19 pour que nous occupions plus diligemment de ces germes du changement? Peut-être que nous ne nous attendions pas à ce qu’une crise d’une telle ampleur vienne menacer notre bien-être collectif. Ou peut-être que nous ne nous concentrions pas vraiment sur le bien-être collectif. Malgré les efforts déployés par la philanthropie pour élever la voix des communautés avant la pandémie, de nombreuses personnes ont été laissées pour compte.

Voilà certaines des réflexions et des questions qui me sont venues à l’esprit lorsque j’ai écouté (et réécouté) une discussion dirigée centrée sur les perspectives et la sagesse de matriarches autochtones qui guident leurs communautés et leurs organisations dans ce travail, en particulier durant cette crise.

Le webinaire du 20 mai de FPC, « COVID-19, Indigenous Perspectives & Solutions », est animé par Kris Archie, une femme Secwepemec et Seme7 de la Première Nation Ts’qescen. En tant que PDG du Cercle, Kris est bien connue pour l’espace qu’elle réserve à la communauté philanthropique, qu’elle invite toujours à penser et à agir différemment pour augmenter l’apport de ressources philanthropiques au soutien des solutions de changement pilotées et éclairées par des Autochtones.

En cette période de bouleversement et d’urgence, il est important que la philanthropie des colonisateurs réponde à de telles invitations. Ce webinaire constitue un don généreux de connaissances et de sagesse de ces matriarches autochtones à la communauté philanthropique. Tandis que nous commençons à remodeler et à recadrer la façon dont nous servirons la collectivité afin que personne ne soit laissé pour compte, nous devons nous assurer que les voix qui nous guident vers l’avant sont ancrées dans le vécu et les valeurs des communautés que nous souhaitons soutenir.

Membre de la Première Nation Moose Cree de l’Ontario, Jocelyn Formsma est une rassembleuse et bâtisseuse communautaire qui occupe le poste de directrice générale de la National Association of Friendship Centres (NAFC). Jocelyn apporte l’expérience et le point de vue d’un organisme de bienfaisance urbain dirigé par des Autochtones à la question de la mobilisation des ressources. J’apprécie beaucoup le contexte que fournit Jocelyn pour expliquer pourquoi il est souvent si difficile de faire en sorte que des ressources philanthropiques et gouvernementales soient consacrées aux communautés et aux organismes des peuples autochtones (y compris les Premières Nations, les Métis et les Inuits) qui vivent en milieu urbain. Elle parle des écarts de compétence entre les gouvernements, des idées fausses concernant le rôle fiduciaire du gouvernement fédéral ainsi que des identités intersectionnelles complexes des peuples autochtones urbains qui sont parfois négligées.

Eriel Tchekwie Deranger, une Dënesųłiné (ts’ékui) membre de la Première Nation Athabasca Chipewyan (Traîté 8) qui est mère de deux enfants et directrice générale ainsi que cofondatrice d’Indigenous Climate Action (ICA), discute des liens entre la philanthropie, l’extraction des ressources et la génération de richesse. J’ai été inspirée par la façon dont elle décrit les travaux de recherche de solutions aux changements climatiques que mènent des Autochtones, soit un alignement entre l’objectif, les valeurs et les relations. Seul organisme voué à la justice climatique à être dirigé par des Autochtones, ICA s’assure que les solutions autochtones figurent au premier plan de ses activités et reconnaît que le savoir autochtone a le pouvoir d’engendrer des solutions durables qui seront respectueuses des droits autochtones pour les générations à venir. Je pense encore aux histoires racontées et prophéties énoncées par Eriel durant le webinaire ainsi qu’à son appel à passer d’une mentalité de rareté à une mentalité d’abondance. Un tel changement de mentalité exige que nous développions les solutions proposées par les Autochtones pour qu’elles deviennent intégrées et prises en compte dans la relation entre la philanthropie autochtone et la philanthropie créée par les colonisateurs.

Jessica Bolduc est une Franco-Anishinaabe vivant à Baawating (Sault Ste. Marie, Ontario). Membre de la Première Nation Batchewana, Jessica est tante, maman d’un chat et directrice générale de 4Rs Youth Movement (4Rs). Dans tous ces rôles, Jessica cultive les pratiques de l’autodétermination, de la fraternité et de l’amour transversal. Ces pratiques sont profondément ancrées dans le travail de 4Rs et sont devenues vitales durant cette pandémie.

4Rs s’est donné la mission difficile et courageuse de transformer les discours convenus et contraignants qui pèsent sur la jeunesse autochtone, et Jessica parle de ce qu’elle observe et de ce qu’elle éprouve en ces temps de crise grâce à ses relations avec de jeunes autochtones. J’ai trouvé important d’entendre que les gens se souviennent que le gouvernement a envoyé des housses mortuaires aux communautés autochtones pendant la crise de la H1N1 de 2009 au lieu de leur envoyer les fournitures médicales nécessaires. De telles épreuves jettent de longues ombres de méfiance sur les actions contemporaines en réponse à la pandémie. Jessica parle aussi de ce que ressentent les jeunes quand ils constatent que si peu d’informations sanitaires (même fausses) liées à la pandémie reflètent ce qu’ils vivent. Elle parle également de la rapidité avec laquelle le virus a rehaussé le niveau de risque des communautés autochtones en raison des effets continus du colonialisme.

Je suis heureuse que les panélistes nous prient de ne pas nous en tenir aux récits qui ne font que décrire les lacunes. Chaque histoire possède une trame similaire de résilience dans la façon dont les communautés autochtones interviennent et mettent de l’avant leurs solutions avec courage et inventivité, dans une optique de transformation, en plaçant toujours les besoins de leur communauté au cœur de leurs actions.

Leur don d’un contexte profond et d’un cadre du savoir n’est pas simplement une invitation à écouter, mais aussi à agir. Nous sommes invités à être en relation et à recentrer notre mission pour le bien-être collectif. Nous sommes appelés à nous demander si nous voulons être les gardiens du statu quo ou des preneurs de risques et bâtisseurs de ponts. Kris Archie nous aide à voir que les bienfaits du bien-être collectif profitent à tous : « Le plus grand risque est de ne pas investir dans les organismes autochtones. Le plus grand risque est de ne pas investir dans des solutions autochtones pour la justice climatique. Le plus grand risque est de ne pas investir dans les innovations des jeunes autochtones… qu’avons-nous à perdre si nous décidons d’investir dans des générations et générations de connaissances liées à l’adaptation, au fait d’être en relation profonde de qualité les uns avec les autres et au fait d’être parent avec la terre. »

Ce que je propose dans ce billet de blogue est simplement une réflexion. Vous n’y trouverez pas de réponses ni de solutions. Celles-ci résident dans les voix et dans la sagesse matriarcale qui nous sont partagées par le biais de ce webinaire, et dans les connaissances générationnelles qui se trouvent dans ces communautés. J’encourage toute personne qui s’est déjà posé les questions « Et maintenant? Que suis-je censé faire? » à écouter ce webinaire en gardant à l’esprit que c’est normal d’avoir plus de questions que de réponses à la fin. Ce qui est important, c’est d’écouter et de mobiliser des ressources au profit des communautés qui ont les solutions. Nous ne sommes pas les gardiens des réponses ou des solutions; lorsque nous restons dans cet état d’esprit, nous sommes les gardiens du statu quo.

Les panélistes présentent une multitude de façons dont les bailleurs de fonds peuvent être en relation avec des organisations autochtones ainsi que les solutions de changement à court et à long terme qui sont prêtes pour nos partenariats. La philanthropie doit aussi diriger avec abondance. Cette pandémie nous a enseigné que nous sommes capables de nous réorienter et de changer, et la sagesse partagée dans le cadre de cette discussion nous guide vers les risques et les ponts qui nous permettront de changer de direction et de croître.

« Il s’agit de réharmoniser et de réparer, et non seulement d’investir. Cette période démontre la rapidité avec laquelle le secteur philanthropique peut investir dans des projets dirigés par des Autochtones pour une grande justice. » 

– Kris Archie

Billets connexes

You may also like:

Vos commentaires

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.