26 mai, 2020
Blogue Invites

La Philanthropie Canadienne Dans Un Monde Interrelié

Hilary Pearson, consultante philanthropique

Nous n’existons pas dans une bulle sur cette terre; nous faisons partie d’une toile.

C’est ainsi que nous devons voir notre situation en tant que secteur philanthropique, en tant que pays, en tant que région et en tant qu’êtres humains sur notre planète.

Cette pandémie incite inévitablement à la fermeture, au repli sur soi et au confinement; à voir le monde du point de vue du « nous » et non du « eux ». Ce réflexe est inévitable, mais n’est pas inéluctable. En fait, ignorer le reste du monde est le pire tort que nous pourrions nous causer. C’est par la solidarité, les liens et l’entraide que nous passerons à travers cette crise. Ne pas nous retirer dans notre bulle n’est pas une option, c’est un impératif pour préserver notre toile.

C’est un des thèmes centraux qui est ressorti des observations variées des participants à un webinaire organisé par FPC le 30 avril (et que j’ai animé). Ce webinaire avait initialement pour but d’examiner l’aide financière que les fondations canadiennes peuvent accorder à l’échelle mondiale pendant la pandémie. Mais à mesure que la discussion très enrichissante a évolué, elle a porté sur d’autres sujets que les possibilités de financement mondiales. Nous avons discuté de l’occasion que nous avons, en tant que pays, de redéfinir et de rebâtir toute la communauté mondiale et non seulement nos communautés individuelles. Nous avons une chance d’apporter les valeurs et les compétences canadiennes que sont l’humilité, l’écoute, l’apprentissage et l’entraide à la tâche de raccommoder les trous dans la toile mondiale.

Comme Peter Singer, ancien président-directeur général de Grands Défis Canada devenu conseiller principal auprès de l’Organisation mondiale de la santé, l’a résumé en quelques mots : « Ceci est la plus grande crise mondiale que nous ayons connue de notre vivant. » Et ce n’est pas uniquement une crise sanitaire, c’est une crise économique. Des gens mourront du virus. Mais d’autres mourront d’autres maladies en raison d’un manque de soins médicaux. Et d’autres encore mourront de la pauvreté. Les faiblesses et failles existantes du réseau de santé mondial seront amplifiées : l’accès à l’eau et à l’assainissement, la sécurité alimentaire, la santé et l’éducation des enfants, la discrimination et la violence faite aux femmes et aux filles. Ces failles n’affectent pas seulement les autres. La difficulté de lutter contre la COVID-19 au Nigéria ou au Bangladesh signifie que cette dernière continuera de constituer une menace partout ailleurs. La polio et la variole n’ont pas seulement été éradiquées en Amérique du Nord. Elles ont dû l’être partout dans le monde. 

Nic Moyer du Conseil canadien pour la coopération internationale a évoqué la nécessité d’un système de santé mondial robuste. C’est un rôle que la philanthropie canadienne peut jouer : plaider pour un système multilatéral solide. L’Organisation mondiale de la santé fait partie d’une famille d’organisations multilatérales qui se sont développées au fil des ans depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale pour remédier à ce qui était perçu comme un manque et un besoin de collaboration mondiale. Il faudrait aujourd’hui inventer le travail que fait l’OMS s’il n’existait pas déjà : la collecte et la diffusion de données mondiales, l’élaboration de lignes directrices mondiales, la coordination de l’approvisionnement, la formation des travailleurs de la santé et, bien entendu, la recherche mondiale et le développement de traitements et de vaccins contre la COVID-19. 

Jennifer Brennan de la Mastercard Foundation a expliqué comment une fondation à vocation mondiale voit ce moment dans l’histoire du monde. Selon elle, nous devons saisir ce moment pour bâtir le monde que nous voulons. Depuis près de vingt ans, la Mastercard Foundation œuvre à soutenir les communautés et en particulier les jeunes en Afrique et dans les communautés autochtones du Canada. Dans sa riposte à la pandémie, la Fondation s’est concentrée à la fois sur l’immédiat et sur le long terme. Elle a créé le Programme de rétablissement et de résilience du COVID-19, qui comporte deux volets : un soutien d’urgence pour les travailleurs de la santé, les jeunes, les communautés autochtones du Canada et les communautés africaines, et une aide financière destinée au renforcement de la résilience à long terme grâce à un accès à des solutions numériques et à des services financiers pour les petites entreprises ainsi qu’à l’apprentissage en ligne. La Fondation maintient aussi son soutien au réseau multilatéral d’organisations de la famille de l’ONU, comme l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), qui lutte contre l’infestation acridienne en Afrique de l’Est. L’objectif immuable consiste à renforcer la résilience de tous pour l’avenir (dont la crise provoquée par les changements climatiques).

Toutes les fondations peuvent avoir une discussion stratégique sur la meilleure façon de réagir à cette crise en fonction de leur mission ou de leur objet. Que votre objet consiste à améliorer les conditions de vie, à lutter contre les causes de la pauvreté, à soulager la détresse, à produire des savoirs vitaux, à soutenir les leaders ou à favoriser la mise en place de meilleures politiques, voici votre chance d’envisager de prendre les mesures qu’exige ce moment : intensification, mobilisation, plaidoyer, liens mondiaux. Ce n’est pas le moment de refermer les portes, mais celui de les ouvrir. Des transitions majeures nous attendent. Que pouvons-nous faire, en tant que bailleurs de fonds, pour contribuer à améliorer ces transitions? À la fin des années 1940 et au début des années 1950, bon nombre des organisations multilatérales dont le monde dépend aujourd’hui, comme l’OMS et la FAO, ont été créées grâce à l’inventivité et au leadership de Canadiens. Les fondations canadiennes n’étaient pas aussi actives à l’époque qu’aujourd’hui. En tant qu’individus et en tant qu’organisations de la société civile, nous avons la possibilité de participer directement à la préservation de notre toile mondiale. Et les fondations en ont certainement la capacité. Nous pouvons par exemple contribuer dès aujourd’hui au Fonds de riposte à la COVID-19 de l’OMS par l’entremise de la Fondation KBF Canada, un membre de FPC. Cela dit, prenons aussi le temps de réfléchir dès à présent aux enjeux de la transition, l’adaptation, de la résilience et de la créativité pour notre pays dans les années à venir et pour plaider en faveur d’un système mondial efficace qui nous aide tous à éviter les crises ou à mieux gérer leurs conséquences.

Inspiré du webinaire sur la COVID-19, la riposte mondiale et la philanthropie Canadienne.

Billets connexes

You may also like:

Vos commentaires

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.