18 février, 2020
Du président

De la générosité à la justice

Jean-Marc Mangin

J’ai le privilège d’occuper un poste qui m’expose aux méthodes et approches innovantes que plusieurs fondations mettent au point. On parle beaucoup des fondations qui abordent maintenant leur travail sous l’angle de la justice plutôt que sous celui de la générosité (consultez le nouveau livre de Darren Walker). Il est important d’avoir cette discussion. Les idées comptent, mais je constate aussi que les fondations prennent de nouvelles approches sans trop se perdre en abstractions. Permettez-moi de citer quelques exemples canadiens et étrangers.

  • J’ai assisté à la remise des Prix Inspiration Arctique à Ottawa au début de février. Ces prix célèbrent des projets novateurs (et les équipes derrière eux) qui ciblent un vaste éventail de défis auxquels les habitants du Nord sont confrontés. Ces projets sont conçus, mis sur pied et dirigés par des citoyens de l’Arctique. Les leaders pour ces projets savent qui ils sont, qui ils aident et ce qu’ils veulent. Certaines fondations ont joué un rôle important d’incubatrices en soutenant ces initiatives communautaires. Cependant, la viabilité de ces initiatives demeure en doute. Pour susciter un changement systémique, ces projets devront être financés pendant de nombreuses années encore. Certaines fondations tirent parti du processus d’examen et de vérification lié à l’attribution des Prix Inspiration Arctique pour établir de nouvelles relations à long terme en vue d’une aide financière participative. (Les sommes en jeu demeurent relativement modestes étant donné la portée et la capacité d’absorption limitées des projets.) Il faut des partenaires capables d’écouter, de cultiver la confiance et de soutenir ces projets à long terme.
  • À la suite des massacres commis par des terroristes à Paris en janvier 2015, certaines fondations françaises ont entrepris une introspection difficile au sujet du rôle qu’elles ont joué pour jeter des ponts avec les jeunes musulmans marginalisés et exclus. Elles ont reconnu avoir été largement absentes, ont mis en place un programme conjoint et ont sollicité des propositions. Les idées ont afflué. L’une de celles-ci visait spécifiquement à encourager les jeunes à s’exprimer et à s’écouter les uns les autres. Les problèmes de la pauvreté et de l’exclusion subsistent, mais il est profondément émouvant de voir les jeunes prendre conscience qu’ils sont des membres à part entière de la société française et qu’ils ont le droit (et les capacités) de se faire entendre. (Visionnez cette courte vidéo sur le projet Eloquentia.) Le soutien accordé au MédiaLab93, un incubateur qui appuie de jeunes entreprises médiatiques créatives, dynamiques et locales dans l’un des quartiers urbains les plus pauvres de la France, est un autre exemple inspirant. Quels équivalents canadiens retrouve-t-on dans le quartier Jane/Finch de Toronto ou à Montréal-Nord? Ils en existent un certain nombre bénéficiant d’une aide philanthropique, comme InWithForward dans le Downtown Eastside de Vancouver et Bâtiment 7 dans le quartier Pointe-Saint-Charles à Montréal.
  • Le Canada a aussi connu ses sombres épisodes de terrorisme et de racisme. La violence antisémite a augmenté ces dernières années et un attentat islamophobe a fait six victimes à la Grande mosquée de Québec en janvier 2017. La Fondation Inspirit participe aux efforts visant à jeter des ponts et a notamment financé la réalisation d’un documentaire émouvant.
  • L’espace civique et la démocratie elle-même sont soumis à des pressions partout dans le monde. Aux yeux de bon nombre, l’avenir des démocraties libérales est en péril. Depuis mon arrivée chez FPC, j’ai entendu des inquiétudes similaires être exprimées au Canada et aux États-Unis. Cette situation commande indubitablement des programmes plus risqués et avant-gardistes. Dans le but de partager les risques et d’atteindre une masse critique, un groupe de fondations européennes ont mis en commun des ressources et ont lancé un programme conjoint appelé Civitates pour redynamiser les débats publics et permettre à une diversité de voix de se faire entendre. Nous sommes déjà passés par là en tant que société. Dans un article récemment paru dans le NewYorker, Jill Lipore décrit la pléiade d’initiatives qui ont été lancées, parfois avec l’appui de fondations, pour juguler la crise démocratique des années 1930. Est-il temps de réenvisager certaines de ces initiatives et de les adapter au contexte actuel?

Il y a beaucoup à apprendre des exemples ci-dessus. En mettant en commun les leçons que nous tirons de l’expérience et en travaillant davantage ensemble, nous améliorerons notre contribution collective à l’émergence de solutions pragmatiques et durables aux problèmes épineux auxquels le monde doit faire face. Dans le cadre du programme remanié qu’elle propose en 2020, FPC poursuivra ses objectifs en:

  • Intensifiant le renforcement des capacités des administrateurs bénévoles et des employés en offrant des activités de réseautage et d’apprentissage en ligne et en personne sur l’investissement responsable, sur les données et les preuves, sur la réconciliation, sur la diversité, l’équité et l’inclusion, sur les philanthropes de la relève et sur la pratique éclairée de la philanthropie. FPC organisera aussi un congrès sur la démocratie et la philanthropie du 20 au 22 octobre 2020 à Québec.
  • Accroissant son soutien à la collaboration et à l’apprentissage en offrant plus de possibilités d’adhérer à des communautés de pratiques (réseaux de donateurs), axées notamment sur la transition vers une société à faibles émissions de carbone plus résiliente et sur les pratiques de placement, ainsi qu’en améliorant le soutien qu’elle apporte aux réseaux existants.

Aider ses membres à devenir des agents de changement plus efficaces va au cœur de la mission de FPC. Dans certains cas, cela consiste à réunir les membres pour discuter de questions difficiles et délicates. Dans tous les cas, cela implique de faire mieux connaître les pratiques fondées sur des données probantes qui peuvent aider les membres à atteindre leurs objectifs philanthropiques, quelle que soit leur position philosophique sur le continuum entre la générosité et la justice.

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