23 octobre, 2020
Blogue Invites

Compte rendu du webinaire Mind the Gap: The State of Philanthropy and the Black Community

Félicia Tremblay, Directeur.ice – diversité et relations communautaires, Festival Fierté Montreal

Avant aujourd’hui, je ne m’étais jamais posé la question à savoir s’il y avait un écart entre les fondations à but philanthropique et les communautés noires canadiennes.

C’est peut-être parce qu’en tant que personne racisée, la réponse m’est évidente.

Il existe de nombreux écarts entre certaines institutions, en fait la majorité – celles-ci étant généralement prédominées par des personnes blanches –, et les communautés marginalisées.

On parle ici de faits.

Certes, malgré les siècles d’oppression que plusieurs considèrent comme étant derrière nous alors que ce n’est pas le cas, il y a toujours cette lacune d’investissement réel de la part de plusieurs personnes caucasiennes en position de leadership, à vouloir se remettre en question afin de développer des solutions et cesser de contribuer au problème. Bien que des événements catalyseurs comme le meurtre de George Floyd ait pu ébranler voire éveiller certaines consciences, la réalité est que peu de travail n’a encore été fait depuis.

Dans cette discussion facilitée par Jeansil Bruyère, les panélistes Liban Abokor (Youth Leaps), Djaka Blais-Amare (Calgary Foundation), Joseph Smith (Generation Chosen) et Sadia Zaman (Inspirit Foundation) ont très éloquemment mis des mots sur certaines vérités qui se devaient d’être dites depuis longtemps. D’entrée de jeu, la première question laissait la porte grande ouverte :

À quel point pourrait-on penser que les fondations philanthropiques sont à l’écoute des différents besoins des communautés noires, en termes de financement ?

Niet.

Et pourquoi?

Premièrement, comme l’ont si bien dit les experts, il y a un énorme manque de représentation au sein du leadership qui octroie le financement. Ce manque de représentation indique un manque de perspectives. Là où il y a manque de perspective, il y a aveuglement ; comment prétendre distribuer des fonds de façon équitable, alors qu’il y a une incompréhension innée des défis que doivent surmonter les communautés noires au Canada?

« Bien sûr, l’enjeu du pouvoir éveille plusieurs insécurités chez certaines personnes occupant déjà ces positions, nous rappelle Sadia Zaman de Inspirit Foundation, il semblerait y avoir ce biais vicieux qui s’impose chez plusieurs, comme quoi une seule personne noire ou une seule organisation dédiée aux communautés noires serait déjà suffisante, voire de trop. »

Joseph Smith, fondateur de Generation Chosen, nous a partagé quelques-uns de ces défis qu’il a dû surmonter en créant l’organisation : « Nous n’avons reçu du financement qu’une année sur cinq, j’ai dû occuper plusieurs emplois simultanément afin de m’assurer de la pérennité de l’organisation, en y investissant de mon propre portefeuille. Le problème est que, pour être éligible afin d’avoir du financement, il faut d’abord en avoir reçu. C’est un cercle vicieux

Malheureusement, ce ne serait pas le seul : le manque de recherche portant sur les besoins des communautés noires et l’absence de données à ce sujet reflètent bien le problème.

Je ne suis pas une personne qui retient normalement les statistiques, mais sans me surprendre, celles-ci m’ont quand même frappée : sur 10 000 organisations recevant du financement au Canada, il n’y en aurait qu’une douzaine qui soit gouvernée par des personnes noires et/ou ayant la mission d’aider les communautés noires.

Et qu’arriverait-il s’il y avait une ou même plusieurs organisations philanthropiques dont la mission serait dédiée au rayonnement des personnes noires canadiennes?

Rêvons un peu! Voilà peut-être une piste de solution, un peu de lumière au bout du tunnel. Ne pas devoir se justifier constamment pour avoir accès à une aide financière par une organisation en connaissance de cause…c’est possible ?

Il y a effectivement une absence de leaders noires dans les conseils d’administration, les positions décisionnelles et d’influence, puis elle se fait grandement ressentir.

Nous sommes pourtant plusieurs à travailler d’arrache-pied afin d’accéder à ces postes, parce que nous savons qu’il n’y aura pas de réel changement tant qu’il n’y aura pas plusieurs voix à la table.

Sortir la tête de l’eau, respirer, être reconnu à notre juste valeur, ce n’est pas trop demander.

Magnifique panel qui porte à réflexion et très enrichissant, même si la conclusion était que nous avons à peine touché le sommet d’un iceberg.

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