23 juin, 2020
Du président

Le racisme systémique et la philanthropie: de la dénonciation à l’action

Par Jean-Marc Mangin, Président directeur-général, Fondations philanthropiques Canada

La pandémie de COVID-19 et ses conséquences économiques désastreuses, les manifestations contre la brutalité policière du mouvement « Black Lives Matter » et les récents décès troublants d’Autochtones mettant en cause la GRC ont fait naître des discussions difficiles et indispensables sur le racisme systémique et sur les disparités de longue date au sein de notre société. Le Canada ne fait pas exception : les inégalités auxquelles les Noirs, les Autochtones et les personnes de couleur sont confrontés existent depuis les premiers contacts et persistent au sein des institutions et des organisations canadiennes d’aujourd’hui, y compris dans le secteur philanthropique. Presque par définition, les philanthropes jouissent d’une position privilégiée, ce que ce soit en raison de leur sexe, de la couleur de leur peau, de leurs ressources ou de leur éducation. Étant donné cette position avantageuse, le secteur philanthropique a la capacité et la responsabilité d’exploiter les possibilités, d’amplifier les voix et de soutenir des stratégies à long terme pour mieux lutter contre la COVID-19 et contre le racisme inacceptable. Il s’agit d’un travail difficile souvent déstabilisant, tant sur le plan personnel qu’organisationnel. Les derniers mois ont ouvert des voies pour s’engager dans ce travail. Nous pouvons aussi tirer des leçons de notre histoire commune et y puiser de l’inspiration.  

La biographie Le rêve de Champlain de David Hackett Fischer nous a brillamment révélé que les premiers contacts et les privilèges ne sont pas forcément synonymes de destruction et peuvent engendrer un respect de l’« autre » et de nouvelles alliances. Trop souvent toutefois, le Canada a perdu le cap dans ses efforts pour bâtir une société inclusive. L’une de mes lectures de la COVID, le magnifique ouvrage de Jean Teillet The North-West is our Mother: The story of Louis Riel’s People, the Métis Nation, confirme l’axiome selon lequel le « passé n’est jamais mort; il n’est même pas le passé ». Teillet fait la chronique de la dépossession systémique, de la résistance de la nation métisse et, aussi, de la grande richesse qui en a résulté. Ce passé est toujours bien vivant, comme en témoignent les inégalités et les vulnérabilités mises en exergue par les crises actuelles.

Les personnes à faible revenu et les populations marginalisées sont plus durement touchées par la pandémie. Des partenariats plus solides visant un changement transformationnel sont nécessaires dès maintenant et sur le long terme.

Cela exigera une écoute profonde, des conversations difficiles concernant l’héritage de nos parcours respectifs et nos préjugés inconscients de même que l’apprentissage de nouvelles façons d’être en relation et de travailler. Pour guider ses membres, FPC a élaboré cinq principes directeurs, des outils sur l’égalité des sexes et sur la diversité, l’équité et l’inclusion ainsi qu’un guide soulignant l’importance de favoriser l’équité et l’inclusion dans le cadre des mesures adoptées en réaction à la COVID-19. Nous espérons que ces documents fourniront aux membres de FPC des pistes pour renouveler et approfondir le dialogue sur ce qui peut être fait collectivement pour remédier aux problèmes pressants qu’éprouvent les Canadiens racisés et pour intégrer une analyse très pragmatique de la diversité, de l’équité et de l’inclusion à leur processus décisionnel et à leurs pratiques d’octroi de don et d’évaluation.

Les fondations ont la possibilité de favoriser un changement en amplifiant et en soutenant les voix des Noirs, des Autochtones et des personnes de couleur par l’entremise de leurs projets et au sein de leurs organes décisionnels. Dans le contexte de la crise de la COVID, certaines fondations ont resserré leurs liens avec des groupes communautaires racisés pour renforcer leur résilience et leur rôle d’intermédiaire.

Les fondations ne doivent pas avoir peur d’avoir de telles discussions à l’interne : pour que les choses changent, nous devons nous engager dans des débats difficiles qui favoriseront un changement de paradigme. Combien votre conseil d’administration, votre équipe de direction et votre comité consultatif comptent-ils de Noirs, d’Autochtones et de personnes de couleur? Comment écoutez-vous leurs voix et intégrez-vous leurs points de vue pour éviter que leur présence soit purement symbolique?

Des déclarations publiques et quelques marches ne sont pas suffisantes pour faire preuve de solidarité et reconnaître que l’« autre » c’est aussi « nous ». Ce sont les actions concrètes, petites et grandes, qui permettront de surmonter les traumatismes, de développer l’empathie et de faire naître l’espoir. Heureusement, les derniers mois, mais aussi nos quatre cents ans d’histoire, nous ont montré à plusieurs reprises que nous pouvons être fidèles à nos valeurs de diversité et de justice. Les crises actuelles nous appellent tous à mieux rebâtir en vue d’une société juste et dynamique qui permet à tout un chacun de respirer.

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