24 juillet, 2020
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Saisir l’opportunité de travailler avec des donataires non qualifiés: pourquoi et comment

Ana Sofia Hibon, la Fondation McConnell et Say Ça

Ana Sofia Hibon collabore avec différentes équipes à la Fondation McConnell et fait partie du conseil d’administration de Say Ça, un organisme montréalais qui se consacre au soutien des jeunes nouveaux arrivants.

Alors que la COVID-19 génère un climat d’incertitude généralisée et provoque desde nombreuses pertes, la mobilisation des réseaux de solidarité et d’aide à travers la société canadienne est inspirante, touchante, et bien souvent vitale. Dans ce contexte, la contribution de nombreux « donataires non qualifiés » — et notamment des associations locales et des groupes d’entraide de première ligne — est inestimable.

Le 8 juillet, la FPC a réuni quatre experts du secteur social qui ont partagé une connaissance approfondie du potentiel inexploité et de la valeur ajoutée de travailler avec des « donataires non qualifiés » ou « des œuvres de bienfaisance non reconnues ». Vous trouverez ci-dessous un aperçu du contenu du webinaire modéré par Hanifa Kassam.

POURQUOI

La philanthropie canadienne a l’opportunité de travailler activement pour une collaboration renforcée avec des acteurs venant des œuvres de bienfaisance non reconnues. Pourquoi faut-il le faire ?

L’art de tourner autour du pot

Comme le souligne Ikem Opara, responsable des formations à la Fondation Trillium de l’Ontario,, la mobilization du potentiel des communautés et l’engagement nécessaire pour l’atteindre ne sont pas limités aux organismes reconnus par l’ARC comme des « donataires qualifiés ». De nombreux bailleurs de fonds soutiennent déjà le secteur non caritatif à travers des mécanismes comme les fiduciaires, le parrainage, les réseaux de collaboration, entre autres. 

Si bien les pratiques courantes font l’affaire, elles sont toutefois limitées puisqu’elles excluent de nombreux organismes avec un potentiel inexploité. 

Les pratiques actuelles sont un frein à l’innovation et aux changements profonds

De nombreux organismes à fins sociales qui sont déjà biens établis viennent à l’origine de groupes citoyens. Toutefois, « il peut être difficile pour de grandes organisations de pivoter et d’opérer au rythme de l’évolution des besoins des communautés », explique Bridget Sinclair, vice-présidente de la Fondation Laidlaw et vice-présidente du Toronto Neighbourhood Group. Pour maximiser leurs impacts, les organismes de bienfaisance non reconnus et les grands organismes caritatifs  doivent travailler en complémentarité. Comme l’observe Michelle Clarke, directrice exécutive de Burns Memorial Fund : « nos règles sont tellement strictes, et notre compréhension envers elles est tellement restreinte, que nous limitons le potentiel innovateur du secteur de la bienfaisance. »

Le leadership communautaire est bien en avance sur les solutions proposées aux communautés 

Comme le rappelle Ikem, il est crucial pour les grands organismes de travailler avec le non caritatif pour conserver leur pertinence, et s’assurer que l’objectif soit bien défini « par et pour » les communautés en question. Bridget ajoute qu’un financement direct des groupes citoyens permet de raccourcir les délais et parfois la lacune de connaissances entre l’identification d’un problème urgent et l’apport de solutions efficaces.

La philanthropie ne peut pas vraiment répondre aux injustices et à l’injustice sociale… 

… si des vrais possibilités de collaboration avec des donataires non qualifiés n’existent pas. Les crises à court et à long terme auxquelles nous faisons face aujourd’hui exacerbent les faiblesses de nos systèmes et mettent d’autant plus en péril les personnes vulnérables et marginalisées. Cependent, ce sont souvant les membres de ces communautés qui  qui mènent la transformation sociale à travers le travail d’organismes « non qualifiés» 

Ajeev Abhati, chargé de la politique et des relations avec les communautés au Centre for Connected Communities l’exprime parfaitement : « Les donataires non qualifiés sont le fer-de-lance de la transition sociale en opérant contre un système qui a été particulièrement pensé pour accumuler et garder les richesses hors de leur portée. »

COMMENT

Et maintenant la question est : que fait-on ? Les panelistes n’ont pas manqué d’idées pour renforcer la collaboration entre les bailleurs de fonds et le non caritatif. Vous trouverez ci-dessous quelques manières de le faire : 

         1. Promouvoir des changements dans la réglementation tout en faisant le travail « ennuyeux »

La COVID-19 a mis à l’épreuve l’agilité du secteur social. Les réglementations continuent d’être à la traîne. Le soutien de la feuille de route de 2019 du sénat sur la modernisation du secteur de la bienfaisance constitue néanmoins une grande avancée. Dans tous les cas, les personnes qui travaillent dans le secteur de la philanthropie doivent se familiariser avec les contraintes réglementaires pour pouvoir intervenir rapidement et avec assurance, dans le respect des réglementations actuelles.

          2. Investir dans les réseaux et les modèles de plateformes de partage

Les réseaux et les plateformes de partage permettent de faire avancer le travail d’une manière plus efficace et plus collaborative. Ils fournissent un accès aux infrastructures organisationnelles et à la formation, et favorisent donc de meilleures pratiques en tirant profit des ressources mises en commun. Idéalement, ces réseaux et plateformes de partage peuvent renforcer les capacités de ceux qui sont au cœur des problématiques. Ils peuvent alors permettre à tous de repenser les dynamiques de pouvoir à l’œuvre entre donataires, bailleurs de fonds et intermédiaires.

           3. Recentrer nos pratiques grâce aux connaissances des donataires non qualifiés et de leurs communauté

Les bailleurs de fonds peuvent apprendre des œuvres de bienfaisance non reconnues et travailler avec elles et avec les individus qu’elles servent. Il s’agit dans ce cas de s’assurer que leurs voix soient entendues dans les processus décisionnels, en leur confiant des postes de gestion et de conception de programmes. Ajeev donne l’exemple du Indigenous Youth and Community Future Fund (Fonds pour la jeunesse et le futur de la communauté autochtone) de la Fondation Laidlaw, un programme de subventions dans lequel le pouvoir décisionnel a été délégué à un conseil composé de jeunes autochtones.

           4. Renforcer les relations en faveur des communautés avec lesquelles nous voulons travailler

Ikem nous appelle à investir dans des relations solides avec les communautés avec lesquelles nous travaillons déjà, tout en réfléchissant attentivement aux manières de partager de nouvelles opportunités de financement.

Bridget insiste sur le fait qu’il est essentiel d’examiner les modes opératoires sous l’angle de l’équité. Toutefois, à un autre niveau, prioriser les expériences vécues et la diversité des partenaires implique aussi une remise en question fondamentale de nos façons de travailler, de penser, mais aussi d’attribuer les subventions. Il faut pour cela savoir écouter attentivement, faire preuve d’humilité, et être capable de reconnaître quand ne pas intervenir.

            5. Soutenir et financer les experts qui portent la cause

Même s’il demeure encore beaucoup de chemin à parcourir, certains organismes — tels que The Circle — mènent le pas.Ce qu’ils accomplissent et les connaissances qu’ils développent ne sont possibles que grâce à un soutien du secteur. Comme le conclut Hanifa, il ne s’agit pas seulement de financer des donataires non qualifiés, mais aussi d’investir dans un système qui soutient leur travail.

Note:

Ceci était le second webinaire consacré au potentiel de la collaboration entre le secteur de la bienfaisance et les donataires non qualifiés. Dans le premier webinaire, les avocats Troy McEachren et Susan Manwaring ont traité des aspects légaux à prendre en compte en travaillant avec les œuvres de bienfaisance non officielles et les autres donataires non qualifiés. Vous trouverez cette session ici.

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