29 février, 2016
De la présidente

Ouvrir une fenêtre sur la philanthropie canadienne – 2e partie

De Hilary Pearson

Dans mon dernier blogue, j’avais posé la question suivante : Les fondations canadiennes diffusent-elles ouvertement leurs connaissances et présentent-elles ouvertement des rapports? Pour moi, la réponse était, Non. Pas parce que les fondations canadiennes étaient fondamentalement réticentes à communiquer avec leurs pareils, leurs bénéficiaires ou le grand public. Mais plutôt parce qu’il leur manquait des plateformes et des moyens organisationnels bien établis pour le partage de données et la diffusion d’objectifs, de résultats, et de savoirs acquis. Il y aurait peut-être aussi une certaine réserve de la part des bailleurs de fonds chez qui la capacité d’évaluation et de diffusion était limitée; ceux-ci seraient toutefois prêts à partager certaines informations dans le but de promouvoir le dialogue avec leurs bénéficiaires et bénéficiaires potentiels.

Le Center for Effective Philanthropy (CEP) à Boston a récemment publié un rapport intéressant, Sharing What Matters: Foundation Transparency. Les auteurs suggèrent qu’en effet, les leaders des fondations américaines privilégient leurs bénéficiaires actuels et potentiels dans le partage d’information. Bon nombre de ces fondations, quelle que soit leur grandeur, estiment qu’il est important de diffuser les informations pertinentes aux bénéficiaires et à ceux qui comptent déposer des demandes de fonds, soit le processus, les objectifs et les critères d’admissibilité, et les échéanciers quant-à la prise de décision.

Cette information se trouve souvent sur le site web de la fondation. Les sites web de ce genre constituent la principale source d’information au public, si l’on écarte les rapports du gouvernement (exemple : Organismes de bienfaisance et dons sur le site de l’Agence du revenu du Canada) et les répertoires sur abonnement (exemple : Connexion subvention et ProPhil). Sur les 130 membres des FPC, à peu près 60% maintiennent à présent leur propre site web. C’est l’indication d’une volonté croissante de la part des fondations à partager leur raison d’être et à faciliter les démarches de rapprochement.

Néanmoins, peu de fondations canadiennes affichent sur leurs sites web les détails sur leurs bénéficiaires, avec des listes répertoriant les montants exacts octroyés pour chacun. Sur les sites des membres des FPC, pas plus d’un tiers donnent ce niveau de détail, avec le nom du bénéficiaire, le projet subventionné et le montant octroyé. Ceci, malgré le fait que toutes les fondations sont appelées à remettre à l’Agence du revenu du Canada (CRA) ces mêmes renseignements, incluant les noms et les montants, une information annuelle que la CRA rend à son tour disponible au public. Parmi les membres des FPC, encore moins n’offrent une base de données interrogeable sur leur site. Deux d’entre eux sont la Fondation de la famille J.W. McConnell et la George Cedric Metcalf Charitable Foundation. La Fondation Trillium de l’Ontario s’est dépassée l’année dernière en publiant des données ouvertes avec la possibilité de télécharger les résultats.

Cependant, vu que peu de fondations canadiennes publient leurs données caritatives sauf dans le cadre d’une activité particulière ou d’un rapport annuel affiché en PDF, il est difficile de savoir qui contribue à quoi – quels sont les autres organismes qui subventionnent tel bénéficiaire, quelles opportunités de synergie ou de co-subventionnement auraient pu être instaurées. Pour ce faire, les FPC ont créé la plateforme MemberHub, accessible à tous les membres. Cependant, MemberHub n’est pas encore la plateforme à grande échelle, ouverte à tous, qui permettra la transparence totale aux fondations et à leurs bénéficiaires.

D’un autre côté, le rapport du CEP souligne un domaine particulier où il n’y a quasiment aucune transparence, ni aux États-Unis ni au Canada. C’est le domaine de l’apprentissage collectif. Savons-nous quelles fondations ont appris quoi, sur ce qui fonctionne, ce qui ne fonctionne pas? Savons-nous comment les fondations évaluent leurs propres travaux? Pas à partir de leurs sites web, pour la plupart.

Mais il existe quand même certains modèles. Quelques fondations canadiennes ont rédigé et partagé leurs expériences sous forme d’études de cas ou de rapports d’évaluation. Exemple : la Fondation de la famille J.W. McConnell a publié une collection extensive de rapports d’évaluation. La fondation George Cedric Metcalf partage des rubriques sur « les évènements, initiatives, défis, et réalisations associés à nos travaux et à ceux de nos partenaires ». Counselling Foundation of Canada diffuse leurs expériences de travail sous forme de rapport annuel sur leurs activités. Et bon nombre d’autres fondations commencent à créer et à se partager des rapports annuels et des publications qui font bien plus que répertorier les subventions, en y ajoutant des réflexions pertinentes.

Le compte rendu du CEP tire la conclusion que le manque d’échange d’information sur ce qui fonctionne et ce qui n’a pas fonctionné précédemment est une occasion manquée pour de nombreuses fondations, possiblement parce qu’elles « ne peuvent échanger les renseignements qu’elles ne possèdent pas ». Il leur manquerait la fonction d’évaluation et/ou ils alloueraient trop peu de ressources pour la diffusion de leurs apprentissages. Ceci est probablement vrai au Canada aussi. Mais en général, j’ai lieu d’être optimiste. Je vois plus de sites web, plus d’information sur ces sites web, et la volonté croissante d’une transparence envers les bénéficiaires et les bénéficiaires potentiels, qui pourrait facilement s’étendre aux collaborateurs et aux partenaires dans la communauté caritative.

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