4 avril, 2017
Blogue Invites

Une énigme : l’évaluation de l’impact

De Michael Alberg-Seberich

J’ai commencé mon parcours de boursier au Canada il y a 35 jours, 15 heures et 57 minutes. Pendant tout ce temps, j’ai rencontré un grand nombre de gens bien informés, enthousiastes et à l’esprit ouvert. Dans la plupart de nos échanges au sujet de la philanthropie, de l’innovation sociale, de l’éducation et du financement d’impact, un thème revenait fréquemment : l’évaluation (de l’impact). Au Canada, divers points de vue semblent coexister (reflétant une gamme d’opinions), allant de paramètres d’évaluation individualisés jusqu’à une solution unique.

Dans le présent billet de blogue, j’aimerais exposer mon expérience de ce thème dans le domaine de la philanthropie, qui est en Allemagne le tiers secteur. Comme il en est au Canada, ce thème a fait l’objet de débats par divers intervenants : fondations, organismes de bienfaisance, gouvernement, secteur de la comptabilité et des services-conseils, et équipes chargées de l’exercice de la responsabilité sociale des entreprises. Au début, cette discussion était plutôt théorique et se déroulait de façon machinale. Le discours est différent aujourd’hui et est caractérisé par le pragmatisme et (certains seront surpris) la transparence.

Voici quatre moyens instaurés par le tiers secteur en Allemagne pour faire une évaluation (de l’impact) en suivant quelques étapes.

L’initiative Social Reporting Standard Initiative offre un modèle de rapport sur le travail et l’impact des organisations de la société civile. Son objectif est triple : a) instaurer une norme (qualitative) en matière de rapport ; b) établir une plateforme pour des rapports (plus quantitatifs) ; c) épargner temps et ressources lorsqu’on fait des rapports à des donateurs et à des investisseurs. L’initiative est appuyée par des subventionneurs, des investisseurs sociaux, des universités et des intermédiaires. Il ne s’agit pas encore d’une norme mais d’un outil basique qui est accepté par de nombreux acteurs comme point de départ pour la production de rapports (d’impact).

Phineo, une société actionnaire du secteur de bienfaisance qui a été fondée par la Bertelsmann Foundation et par la bourse allemande, et qui est soutenue par diverses entreprises et organisations de la société civile, a introduit il y a plusieurs années le Social Impact Navigator — un processus étape par étape visant à développer des théories du changement pour les interventions du tiers secteur et à faire des rapports d’impact à la suite de ces interventions. Parallèlement, Phineo a créé un « sceau d’impact » qu’il décerne aux organismes sans but lucratif dans le cadre de rapports sectoriels. Ces rapports sectoriels explorent des interventions qui génèrent un impact. Ils abordent une vaste gamme de sujets, allant des changements climatiques à l’éducation culturelle et au soutien des personnes atteintes de démence. En outre, Phineo s’est fait très présent dans l’espace public et dans les médias. L’obtention du « sceau d’impact » de Phineo est devenue une aspiration des organisations du secteur. Le Social Impact Navigator a fait progresser le débat sur l’évaluation (de l’impact).

En Allemagne, un autre facteur a exercé une influence sur l’évaluation : l’exigence d’une plus grande transparence dans l’ensemble du secteur, y compris l’exploration de nouveaux moyens de décrire et d’évaluer l’impact. La section allemande de l’organisme anticorruption Transparency International a lancé, il y a plusieurs années, « Initiative Transparente Zivilgesellschaft » (une initiative pour une société civile transparente). Il s’agit d’un engagement de base qui s’appuie sur 10 critères de transparence pour les organismes sans but lucratif. Ces critères ont été adoptés par 843 organismes, dont quelques-uns des plus importants organismes de bienfaisance du secteur.

Un quatrième exemple est le « Transparenz Preis » (prix de la transparence) de la société d’experts-comptables et de services-conseils PwC. La section allemande de PwC a instauré le prix en 2005 pour souligner les bonnes pratiques en matière de transparence dans le secteur caritatif — et là encore, l’évaluation de l’impact faisait partie du débat. Sans surprises, des organismes utilisant le modèle de rapport préconisé par l’initiative Social Reporting Standard ont remporté ce prix.

J’ai pu constater que l’évaluation dépend en réalité des questions auxquelles vous cherchez une réponse. C’est ce que j’ai appris d’Edward Pauly, responsable de l’évaluation à la Wallace Foundation (New York), lors d’une discussion sur l’utilisation appropriée des évaluations dans le secteur. Dans notre travail à Active Philanthropy et à Beyond Philanthropy, nous avons appris que très souvent, pour la plupart des interventions philanthropiques, une personne avait déjà déterminé des indicateurs de succès. Ironiquement, bien des gens en Europe se tournent vers le Canada pour trouver de tels indicateurs, par exemple l’Indice composite de l’apprentissage qui mesure les progrès de l’apprentissage tout au long de la vie, ou l’Indice canadien du mieux-être.

L’évaluation (de l’impact) est un processus important pour le développement de la philanthropie, le financement d’impact et l’ensemble du tiers secteur. Selon moi, il est important de mener une bonne évaluation en faisant preuve de pragmatisme et de patience.

Michael Alberg-Seberich est le premier récipiendaire de la bourse de recherche sur la philanthropie canadienne CKX et un récipiendaire de la bourse Mercator. Dans le passé, il a travaillé pour le German Youth For Understanding Committee et pour la Bertelsmann Foundation. Partenaire-cadre de l’organisation berlinoise Active Philanthropy, il est aussi directeur général de Beyond Philanthropy.

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