30 octobre, 2020
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Des données pour l’équité : assurer une philanthropie inclusive: la voie à suivre par les bailleurs de fonds pour cet objectif requiert écoute, implication et enfin action

Stacey McDonald, spécialiste de l’évaluation et de l’apprentissage, Fondation Trillium de l’Ontario

Je travaille au sein de la Fondation Trillium de l’Ontario (FTO) depuis 10 ans, ma mission est centrée sur les données, l’apprentissage et l’évaluation. Sur l’ensemble de cette période, mon point de vue sur les données a considérablement changé. Je suis passée de la considération des données comme étant quelque chose de simplement objectif et positif qui devrait alimenter de manière significative nos prises de décisions à une perception d’elles comme étant quelque chose qui est très subjectif et qui peut être utilisé pour le bien et le mal. Mon changement de point de vue a été en grande partie nourri par des collègues et des chefs de file, tels que ceux présents au webinaire FPC de la semaine dernière sur les données pour l’équité. Je me suis engagée sur un parcours d’apprentissage qui s’étend sur plusieurs années et qui est toujours en cours.

La vérité est que pour beaucoup de personnes dans des postes de direction ou des postes supérieurs — et qui sont par ailleurs aussi blanches que je le suis —, les données n’ont jamais été utilisées de manière préjudiciable. Nous n’avons jamais été étudiées sous toutes les coutures ou, au contraire, globalement ignorées; il est tellement confortable pour nous de penser que les données sont objectives. Mais ce n’est pas le cas. Les chiffres ne parlent pas d’eux-mêmes [1]. Nos valeurs, nos points de vue, nos intérêts et nos motivations se reflètent dans les données que nous recueillons (et dans celles que nous ne recueillons pas), dans la façon dont nous les recueillons et dans notre interprétation de ce qu’elles signifient. Ce reflet s’étend dans nos choix de ce que nous considérons comme valide, et dans les actions que nous effectuons (ou pas) en conclusion de notre démarche.

En tant que bailleurs de fonds, nous recueillons fréquemment des données avec pour objectif de répondre à des questions telles que : « Que s’est-il passé? », « Comment les fonds ont-ils été utilisés? », « Qui en bénéficie? » Et ensuite nous prenons souvent des décisions importantes et difficiles sur les destinations de nos financements. Les données ont du pouvoir, et si nous voulons que les données soient employées au service des communautés que nous souhaitons soutenir, alors nous devons nous demander comment nous nous positionnons face aux données et comment nous les utilisons.

Les panélistes du webinaire « Des données pour l’équité : assurer une philanthropie inclusive. » de FPC, Kris Archie, chef de la direction de The Circle/Le Cercle (The Circle on Philanthropy and Aboriginal Peoples in Canada), Orville Wallace de la Laidlaw Foundation, la Dre Srividya Iyer, directrice scientifique-clinique d’ACCESS Open Minds/Esprits ouverts, et Tasha Lackman, vice-présidente de la Fondation du Grand Montréal, avancent des sujets clés qui sont autant de clairs appels à l’action en direction des bailleurs de fonds :

  1. Co-concevoir avec la communauté des pratiques en matière de données. Écouter avec attention des groupes luttant pour l’équité et s’impliquer avec eux dans toutes les étapes du travail avec les données, depuis la collecte jusqu’à leur interprétation.
  2. La démarche d’obtention de la réponse est tout aussi importante que la réponse elle-même. Reconnaissons que souvent la volonté de voir les choses achevées au plus vite l’emporte au détriment d’une collaboration riche de sens avec des voix clés. Il faut regarder comment donner toute sa place à une implication plus pertinente. Prenons le temps nécessaire pour établir les relations et la confiance nécessaires pour vraiment co-concevoir des pratiques en matière de données qui soient au service de l’équité.
  3. Combler les manques d’équité en matière de données. Les données peuvent nous aider à comprendre une situation et peuvent être utilisées pour corriger les inégalités, mais ceci seulement si nous recueillons les bonnes données (telles que des données basées sur la race). Menons une réflexion très consciencieuse sur la façon dont nous utilisons les données et impliquons la communauté quand vient le temps d’exploiter les résultats.
  1. Écouter puis agir. Quand on s’intéresse aux individus, on ne peut pas recueillir d’ensembles de données parfaits et exhaustifs — alors, ne permettons pas à la carence d’informations parfaites de nous bloquer ou de nous ralentir dans nos démarches. Les collectivités qui luttent pour l’équité connaissent les enjeux. Nous devons les écouter, puis travailler ensemble pour déterminer si des données supplémentaires sont nécessaires (et dans ce cas lesquelles) avant de passer à l’action.
  2. Concentrons-nous sur le renforcement de nos moyens (en tant que bailleurs de fonds) d’utiliser les données et nos pratiques en matière de données, au lieu de toujours parler du manque de moyens chez ceux que nous finançons. Nous recueillons tellement de données… et elles sont sous-utilisées. Commençons déjà par examiner nos pratiques et voyons si elles ne seraient pas, elles-mêmes, créatrices de plus grandes inégalités.
  3. Nous devons développer nos connaissances en collaborant avec des communautés et des organisations des PANDC. Et pour ne pas les accabler, alors finançons-les abondamment.

Qu’ai-je appris du webinaire?

Les bailleurs de fonds doivent écouter, s’impliquer et ensuite nous devons agir. Je suis reconnaissante d’avoir pu participer à ce webinaire alors que je continue mon parcours d’apprentissage et que j’étudie les pratiques de la FTO en matière de données. Pour la FTO, il s’agit, entre autres, de :

  • mener un audit des données pour examiner attentivement quelles sont les données que nous recueillons et ce que nous en faisons,
  • collecter des données au niveau des dossiers de candidatures pour permettre une meilleure compréhension de notre financement des organismes dirigés par des Noirs et au service des Noirs, et
  • s’associer à FPC pour faire participer les bailleurs de fonds à l’élaboration d’une stratégie de données globale à l’intention des bailleurs de fonds.

Alors, s’il vous plaît rapprochez-vous de FPC et rejoignez-nous dans notre démarche visant à étudier comment nous pouvons mieux recueillir et utiliser des données qui augmentent l’impact de notre action. Progressons ensemble sur ce parcours d’apprentissage.

[1] D’Ignatius, C. & Klein, L. (2018). Chapitre cinq; The Numbers Don’t Speak for Themselves. Dans Data Feminism. Extrait de https://mitpressonpubpub.mitpress.mit.edu/pub/6ui5n4vo

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