19 mars, 2019
De la présidente

La diversité est un nombre, l’inclusion est un résultat

Hilary Pearson

Dans mon billet de blogue de février, j’expliquais pourquoi il importe qu’une fondation tienne compte des enjeux de la diversité et de l’inclusion si elle souhaite accroître l’efficacité de son aide financière. J’ai révélé certaines des données que nous avons recueillies lors d’une enquête menée auprès des membres de FPC, qui indiquent que les dirigeants et les employés de nos membres sont généralement peu représentatifs de la diversité. Ce manque de diversité n’est pas un problème en soi, mais oblige les fondations, particulièrement celles qui souhaitent s’attaquer aux difficultés auxquelles se heurtent les communautés marginalisées, à trouver des moyens de s’ouvrir à des perspectives plus diversifiées et à accorder plus d’attention à leur processus de financement. Même lorsque les fins d’une fondation ne sont pas directement reliées à la réduction de la pauvreté ou des inégalités, l’intérêt de prendre en compte différents points de vue dans le cadre du processus décisionnel est incontestable.

Depuis que nous avons communiqué les résultats de notre premier sondage sur la diversité et l’inclusion aux membres de FPC, certaines conversations fascinantes se sont engagées. Elles tournent autour de questions relatives aux fins, à la confiance et aux risques.

Où veux-je en venir? Les fins, la confiance et les risques sont des sujets qui reviennent presque toujours sur le tapis dans les discussions portant sur la philanthropie ou les relations entre donateurs et donataires. Avec la loupe de l’inclusion, nous pouvons voir dans ces conversations l’importance d’établir des liens de confiance au moyen d’une meilleure communication et de prendre des risques pour surmonter les différences de pouvoir et de ressources qui modulent les interactions entre les bailleurs de fonds privilégiés et les communautés qui le sont moins. Nous ne pouvons pas réellement parler d’une philanthropie plus efficace sans parler d’inclusion. La présence à la table de plus de représentants de la diversité se traduira par des approches et des décisions plus pertinentes et mieux éclairées.

Les fins sont particulièrement importantes, puisque les fondations dont les fins consistent à réduire la pauvreté, à améliorer les conditions de vie, à élargir l’accès ou à combattre les inégalités seront confrontées, presque par définition, à des questions d’inclusion (quelles personnes sont incluses? Comment le sont-elles? etc.). La confiance et les risques vont de pair avec des relations entre bailleurs de fonds et bénéficiaires plus inclusives. La confiance entre deux personnes différentes naît d’une meilleure connaissance de l’autre. Des risques, c’est ce qu’un bailleur de fonds doit prendre pour contrebalancer les différences de pouvoir ou pour dissiper le malaise que suscite la différence.

Il va de soi que je ne suis pas la seule à avancer ces idées. Dans de récents articles de Vu Le, véhément blogueur et dirigeant du secteur sans but lucratif, et de Brittany Boettcher et Kathleen Kelly Janus publiés dans le SSIR, on trouve des perspectives intéressantes sur la diversité dans les relations entre donateur et donataire, de même que sur l’importance des fins, de la confiance et des risques. Ces auteurs soulèvent des questions concernant la diversité et l’inclusion dans les relations entre les bailleurs de fonds et les donataires et suggèrent certaines stratégies aux premiers. Il est intéressant de noter que ces stratégies ont trouvé des échos dans les conversations que nous avons au Canada.

Alors, comment peut-on utiliser l’inclusion pour accroître l’efficacité de la philanthropie grâce à l’inclusion?

  • Repensez votre processus de demande de don. Avez-vous besoin de tous ces renseignements? Est-ce une pratique inclusive pour les groupes qui n’ont pas les moyens (sur le plan de la langue, des compétences, du personnel ou des pratiques culturelles) de fournir les détails que vous exigez concernant la conception du projet, les mesures de l’impact ou les retombées prévues? Qu’est-ce que vous pouvez laisser tomber? Une demande tenant sur une page pourrait-elle être suffisante (complétée par vos propres vérifications)? Pourriez-vous accepter les demandes de don par vidéo?
  • Éliminez des conditions. Envisagez l’octroi de dons pluriannuels moins limitatifs. Est-ce essentiel qu’un organisme communautaire qui souhaite obtenir un don de 5 000 $, ou même de 10 000 $, vous soumette une nouvelle demande chaque année? Et si la communauté pouvait en faire plus avec un engagement de trois ans? Songez à élargir vos critères d’admissibilité. Un groupe peut-il présenter une demande même s’il ne satisfait pas à toutes les conditions?
  • Parlez plus. Invitez les gens à prendre un café. Convoquez-les à des rencontres sans ordre du jour pour parler d’un problème auquel eux et vous vous attaquez. Permettez à tous d’y participer, y compris le personnel subalterne et les administrateurs. Démontrez que vous êtes là pour écouter et non pour prôner une approche en particulier. Tenez ces rencontres dans la communauté plutôt qu’à vos bureaux ou dans un hôtel.
  • Investissez dans les gens. Financez une bourse ou un stage pour favoriser l’emploi d’un plus grand nombre de représentants de la diversité dans le secteur communautaire. Prenez le risque d’accepter la candidature de personnes ayant peu ou pas d’expérience, comme les jeunes, les immigrants, d’autres identités, etc. Ou encore, financez plus de fonctions administratives partagées entre des organismes aux ressources limitées, une stratégie mise en œuvre par Vu Le avec l’appui de la Fondation Bill & Melinda Gates. Le financement de bourses et de fonctions partagées sont deux stratégies mentionnées par Vu Le dans son billet.

Les fins, la confiance et la prise de risques conditionnent et soutiennent ces stratégies. Pour bâtir un monde philanthropique plus inclusif et soutenir des communautés plus inclusives, on doit en tenir compte aussi bien en théorie qu’en pratique.

Note : Nous avons encore besoin de plus de données sur la diversité et l’inclusion dans le secteur philanthropique au Canada. Tandis que nous poursuivons nos recherches, nous devons recueillir plus de données sur le montant des dons accordés à des organismes dirigés par des représentants de la diversité. Aux États-Unis, les données indiquent que seulement 4 % des dons et des contributions vont à de tels organismes. Constaterions-nous que la situation est similaire au Canada? Le cas échéant, qu’est-ce que cela signifie en qui concerne l’attribution des fonds philanthropiques?

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