16 novembre, 2018
Blogue Invites

Les réflexions d’une invitée australienne

Sarah Davies

Je savais que j’aimerais le Canada, et je savais que j’aimerais beaucoup la communauté philanthropique de FPC. Vous pouvez en apprendre beaucoup sur les gens par la façon dont ils vous invitent chez eux, communiquent avec vous, puis vous accueillent. J’ai été accueillie de façon chaleureuse et conviviale avec beaucoup de curiosité et d’enthousiasme à l’égard de ce que nous étions sur le point d’apprendre et de découvrir ensemble : le contexte parfait pour une conférence sur la philanthropie.

Dans un premier temps, je remercie sincèrement Hilary Pearson et son équipe à FPC ainsi que tous les membres de FPC que j’ai rencontrés et avec qui j’ai discuté durant la semaine. J’ai adoré nos discussions stimulantes et motivantes et j’ai pris plaisir à découvrir nos similarités et nos différences sur le plan de la philanthropie.

Deuxièmement, j’ai choisi d’être égoïste en couchant mes pensées et mes réflexions d’après-conférence sur papier et de profiter de cet exercice pour examiner comment la conférence a élargi mes idées et mes connaissances et pour cerner les possibilités de tirer des leçons de l’expérience canadienne et d’y donner suite, au lieu de rédiger un sommaire circonstancié du contenu et des débats de la conférence.

Il y a d’importantes similarités entre ce que j’ai vu et entendu à Toronto et ce que je vois et entends en Australie. Bon nombre des conversations rejoignaient en tous points celles des philanthropes australiens; les questions qui sont au cœur de nos discussions et de nos réflexions sont les mêmes. Il y a pour moi cinq grands thèmes qui sont ressortis de la conférence, puis cinq ensembles d’implications relatives aux stratégies et aux pratiques philanthropiques qui ont été examinées. Tous ces thèmes et toutes ces implications mobilisent aussi notre attention collective en Australie.

Les cinq thèmes

  • Le pouvoir. La façon dont nous comprenons et reconnaissons notre pouvoir individuel et notre pouvoir collectif en tant que secteur; la façon dont nous utilisons ensuite ce pouvoir à dessein et de manière précise et, ce qui est de plus en plus important, la façon dont nous partageons ce pouvoir et le transférons à d’autres;
  • L’inclusion. Comment passer de l’inclusion « représentative de premier échelon » à une diversité authentique des voix, des influences et des décisions et comment modifier nos processus et nos systèmes pour faire plus de place à une diversité et une inclusion véritables? Caroline Fiennes a distingué clairement l’inclusion systémique de l’inclusion représentative comme voie à suivre, et une des phrases géniales que j’ai retenues a été prononcée par Paulette Senior : « la norme laisse des gens à l’écart »;
  • Les systèmes. Cela a été et demeurera une lutte de longue haleine et de tous les instants. Comment influer sur les systèmes et les changer? Comment les différents agents (gouvernements, communautés, citoyens, entreprises) peuvent-ils interagir et travailler ensemble de façon optimale pour opérer des changements systémiques? Durant l’atelier pré-conférence de Fourth Quadrant Partners sur l’ouverture à l’émergence et sur les changements systémiques, on a décrit nos frustrations et l’échec de nos efforts en ce sens comme étant « l’avantage du système »;
  • Les bouleversements. Comment les contextes politique, environnemental, culturel, économique et technologique actuels influencent-ils et bouleversent-ils toutes les sphères de notre vie, tout comme la philanthropie et le secteur sans but lucratif en général? De nombreux conférenciers ont examiné des questions fondamentalement reliées à la confiance et au pouvoir mouvants, telles que : Comment la démocratie évolue-t-elle? Qu’est-ce que le capital numérique? Et même, qu’est-ce que la vérité? J’ai recommandé le livre de Jeremy Heiman New Power aux participants avec qui j’ai discuté, car ce livre résume et décrit avec brio certains de ces changements et ce qu’ils impliquent;
  • La légitimité. Comment le secteur de la philanthropie est-il perçu et se positionne-t-il dans la société? Quelle est notre acceptabilité sociale? Comment devons-nous évoluer pour demeurer des agents légitimes de changement social? Nous sommes tous confrontés à des questions telles que (i) le dilemme et l’équilibre entre vie privée et transparence en philanthropie (qui donne, combien, à quoi et pourquoi?) et (ii) l’équilibre entre la protection de notre liberté afin d’être les capital-risqueurs sociaux, mais tout en étant des influenceurs non élus des systèmes et des politiques.

Les implications

De nombreux conférenciers ont ensuite examiné les effets de ces thèmes et de ces tendances sur :

  • les théories et approches philanthropiques. Comment cela influe-t-il sur nos théories du changement, sur notre approche au changement? Savons-nous exactement quel est notre rôle dans le système pertinent et notre contribution à celui-ci?
  • les pratiques et outils philanthropiques. Comment devons-nous adapter nos pratiques d’octroi de dons? Nos outils d’évaluation et de réflexion? Nos partenariats?
  • la participation. Comment concevoir nos processus de mobilisation et de participation? Notre message? Que pensons-nous de l’adoption de processus décisionnels participatifs? À quel point devons-nous être transparents? Qu’est-ce que cela signifie en ce qui concerne la nature et l’étendue de nos relations?
  • les ressources humaines. Qu’est-ce que cela implique pour les personnes que nous employons – leur expérience, leur bagage, leurs compétences – et pour leur croissance et leur développement continus? Tim Dixon a bien analysé cette question et préconise des efforts délibérés pour cultiver et développer chez les dirigeants des aptitudes comme l’écoute active et l’empathie;
  • les échéanciers. Quel est le rapport au temps des philanthropes (par exemple, en ce qui a trait à la durée des relations d’aide financière et des délais pour mener une réflexion et une évaluation pertinentes)? La confiance, le renforcement des capacités, l’écoute active et la patience sont des ingrédients essentiels à une philanthropie efficace qui prennent tous du temps. Comment concilier ces délais et l’urgence et l’impatience d’observer des changements dans un contexte où l’indignation attire l’attention et où les jugements à l’emporte-pièce sont courants?

Ce sont les points que nous avons en commun, mais quelles sont les différences?

Le secteur philanthropique canadien a trois particularités importantes que j’adorerais voir en Australie dans la même mesure que ce que j’ai vu durant la semaine que j’ai passée à Toronto :

  • La diversité des gens dans la pièce. Les caractéristiques démographiques beaucoup plus diversifiées des conférenciers et des participants que celles qu’on observe en Australie m’ont immédiatement sauté aux yeux. Un nombre beaucoup plus grand de groupes d’âge (particulièrement de moins de 30 ans!), de Premières Nations et de minorités culturelles occupant des postes d’influence et d’autorité était représenté parmi les employés et les administrateurs des entités philanthropiques et parmi les dirigeants d’un vaste éventail d’organismes qui étaient présents à la conférence;
  • Les relations entre les philanthropes et les communautés et organismes des Premières Nations. Ces relations semblent beaucoup plus cohésives, alignées et dynamiques qu’en Australie. Le travail qu’accomplit The Circle pour réunir les organismes philanthropiques et les peuples autochtones est immensément stimulant et inspirant. La Déclaration d’action qui a fait suite aux travaux de la Commission de vérité et réconciliation du Canada est un appel collectif à l’action et un engagement de la communauté philanthropique canadienne à soutenir l’avancement de l’objectif commun qu’est la réconciliation. Cette déclaration apporte de la clarté, une cohésion et un guide concret à la communauté philanthropique;
  • La pensée systémique et le financement de changements systémiques. Il semble que les acteurs du secteur philanthropique canadien ont une soif plus grande d’entreprendre des changements systémiques et de financer les mécanismes les permettant et qu’ils ont plus d’expérience dans ce domaine. Le financement d’innovations, d’analyses de systèmes, d’intermédiaires et de bâtisseurs et les investissements dans les gens et les infrastructures soutenant des changements systémiques semblent être plus courants et répandus.

En revanche, il est toujours rassurant de se faire rappeler nos atouts et nos points forts, et la philanthropie australienne en possède certains dont je me réjouis :

  • Notre cadre réglementaire semble être beaucoup plus souple, puisqu’il permet aux organisations à but non lucratif et de changement social de mettre au point de nouveaux modèles économiques et des approches mixtes qui ont plus de chances de soutenir leur viabilité. Les restrictions imposées aux organismes de bienfaisance canadiens en ce qui concerne les revenus tirés d’« activités commerciales » semblent être indûment contraignantes;
  • Notre secteur philanthropique semble établir et entretenir des liens avec plus de facilité et de fluidité avec un éventail plus large d’acteurs : toutes sortes d’entités à vocation philanthropique ou sociale (fondations privées et familiales, fondations communautaires, sociétés de fiducie, fondations d’entreprise, fonds à des fins arrêtées par les donateurs, entrepreneurs sociaux, investisseurs d’impact, organisations à but non lucratif, organismes de bienfaisance, conseillers professionnels, universitaires, etc.) sont membres de Philanthropy Australia. Cela est peut-être fonction de la taille relative du secteur, mais c’est certainement un atout que nous devons protéger et conserver.
  • Je passe un peu du coq à l’âne, mais il a beaucoup été question à la conférence de la montée du populisme et des pressions que celui-ci exerce sur la forme et la structure actuelles de la démocratie. Bien que ce sujet soit tout aussi pertinent ici, je me suis demandé si le vote obligatoire en Australie ne nous offrait pas une certaine protection contre l’« épuisement de la majorité » (Tim Dixon), qui s’exclut des processus démocratiques existants et laisse ainsi plus de place au populisme, et contre les « ailes extrémistes ».

Qu’est-ce qui vient après la conférence? Après avoir écouté les conférenciers et avoir tiré des enseignements de la vaste expérience et des connaissances approfondies dont ils nous ont si généreusement fait profiter, il y a quatre actions concrètes dont je veux assurer un suivi :

  1. Organiser une visite d’étude au Canada en octobre 2019, à laquelle participeront différentes fondations familiales et privées australiennes. Nous avons beaucoup à partager et à apprendre, et je me réjouis à l’idée d’élargir et d’approfondir les conversations, voire de former des partenariats, en travaillant en collaboration avec Hilary et FPC pour concevoir le programme;
  2. Puiser de l’énergie dans l’action philanthropique au profit des Premières Nations du Canada et s’en inspirer pour tenter de catalyser une démarche de la philanthropie australienne qui nous fera évoluer dans le même sens;
  3. Examiner les moyens d’élargir les possibilités et l’accès à des fonctions en philanthropie pour une diversité plus grande de voix, de vécus et de cultures;
  4. Renforcer, protéger et maximiser les atouts que nous confère notre ensemble de liens plus ouvert et plus diversifié entre tous les agents de l’arène philanthropique et sociale.

Rendez-nous visite en ligne au www.philanthropy.org.au.

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