31 octobre, 2018
De la présidente

Connecter. Créer. Changer : six points à retenir de la conférence 2018 de FPC

Hilary Pearson

Le rideau est tombé sur notre conférence de 2018 après trois journées d’ateliers, de plénières, de séances de groupe et d’échanges informels bien remplies. Pour bon nombre, c’est un événement difficile à résumer en quelques lignes. Nul doute que chaque participant y aura vécu une expérience bien personnelle, mais certains thèmes et enseignements communs en sont tout de même ressortis. Les conversations de couloir, les tweets, les publications et les commentaires ont cristallisé quelques précieux points à retenir. Sans ordre d’importance, les voici.

              1. Nous ne sommes pas seuls

  1. Quel est l’intérêt d’une conférence sur la philanthropie? Pour de nombreux participants, ce sont les liens. Avoir le sentiment d’appartenir à une communauté, savoir que l’on n’est pas seul à faire ce travail souvent solitaire, voir ses efforts pour en faire plus et faire mieux validés, apprendre des autres. Le thème des liens est revenu souvent à Toronto, tant au niveau individuel qu’à l’occasion des discussions sur l’établissement de liens entre les organismes (la collaboration a constitué un thème en soi). À Toronto, des liens ont été établis avec d’autres personnes dont les perspectives sont très différentes. De tels liens sont parfois inconfortables, mais sont essentiels. Toutes proportions gardées, le secteur de la philanthropie est petit au Canada. Par conséquent, il est d’autant plus important de sortir des « murs » des fondations, au sens propre ou figuré, pour s’ouvrir à des réseaux et des points de vue inconnus. Et de savoir que même si nous sommes un étang et non un océan, pour reprendre les termes de Gerry Salole de l’European Foundation Centre, notre influence dépasse nos moyens.
    1. Nous avons du pouvoir. Savons-nous comment l’utiliser?

    Nos collègues européens du secteur de la philanthropie ont été les premiers à le souligner, mais plusieurs autres conférenciers ont insisté sur ce point. Les fondations ont du pouvoir, non seulement sur le plan financier, mais aussi en termes de réputation, de liens et de capacité à rassembler les gens et à fournir des informations. Ainsi, quelles sont nos responsabilités dans la gestion de ce pouvoir? Comment instaurer des relations de confiance avec les personnes et les communautés avec lesquelles nous travaillons, vu le déséquilibre des pouvoirs? Cette question est particulièrement importante à une époque où les perturbations économiques et environnementales dominent et où le populisme qui joue sur la peur semble gagner du terrain. La philanthropie ne peut pas se permettre d’être élitiste. Et nous avons le pouvoir de mobiliser les gens, d’entendre parler d’expériences vécues, de créer des espaces plus sécurisants et neutres dans lesquels les gens peuvent échanger leurs points de vue. Les fondations ne doivent pas décider pour la collectivité, mais peuvent et doivent l’aider à prendre des décisions plus éclairées, inclusives et fondées sur des faits.

    1. Rien à propos de nous sans nous

    Cette phrase est employée par les communautés marginalisées, qui sont généralement tenues à l’écart de toute décision qui les concerne. À Toronto, les participants ont été invités à prêter attention aux voix et aux communautés qui comptent. Des dirigeantes canadiennes et étrangères ont exhorté les fondations à se soucier de l’égalité des sexes dans toutes leurs actions. Des leaders autochtones ont attiré l’attention à maintes reprises sur l’importance de prendre en compte et de respecter la conception du monde et les façons de faire des Autochtones. Et les jeunes ont demandé à être reconnus comme les leaders d’aujourd’hui, pas de demain. Ces conversations ont été difficiles, comme elles se devaient de l’être. Des communautés qui avaient été réduites au silence font maintenant entendre leur voix et insistent pour être incluses, ce qui est déstabilisant pour la société, mais apporte beaucoup à notre travail. À Toronto, FPC a lancé la discussion sur les politiques et les pratiques de diversité, d’équité et d’inclusion des fondations canadiennes. Pour la plupart des fondations, en particulier les fondations familiales, ce terrain semblera difficilement accessible ou inconfortable. Cependant, les exemples de moyens de veiller à prendre en compte des points de vue plus diversifiés dans nos décisions philanthropiques se multiplient, tout comme les preuves que c’est non seulement bon de le faire, mais aussi intelligent de le faire.

    1. La collaboration est la dernière grande tendance

    Nombre de conférenciers ont affirmé que la collaboration amplifie considérablement les effets de la philanthropie. Cela s’applique autant aux bailleurs de fonds philanthropiques qui s’attaquent ensemble à un problème qu’aux initiatives intersectorielles avec le secteur privé et le gouvernement. Peggy Sailler du Network of European Foundations a souligné que la collaboration est un moteur d’inflexion des politiques en Europe. Tandis que ce continent, comme le Canada, tente de faire face aux défis que posent les changements climatiques, la migration, le vieillissement de la population et les perturbations d’une « quatrième révolution industrielle », les fondations peuvent accorder ensemble une aide financière ciblée visant, par exemple, à constituer des preuves à l’intention des décideurs, à consulter les donataires lors de la conception de solutions, à soutenir la défense d’idées concernant les politiques ou à susciter des débats d’orientation plus éclairés par l’entremise des médias d’intérêt public. FPC s’est fixé comme priorité de favoriser l’essor des réseaux de donateurs intervenant dans un même domaine et des réseaux de dirigeants, de responsables des programmes et d’administrateurs de fondations. Notre atelier pré-conférence sur l’ouverture à l’émergence en philanthropie a mis en lumière l’importance de la collaboration pour « renvoyer les nouvelles connaissances dans le système ». En travaillant ensemble, les bailleurs de fonds philanthropiques peuvent contribuer à élargir l’angle de vision d’un problème et à mobiliser les connaissances le concernant.

    1. Posez de bonnes questions et obtenez des réponses fiables

    Comment savoir si nous faisons pencher la balance? À l’occasion d’une séance très intéressante sur la philanthropie s’appuyant des données probantes, Caroline Fiennes et Janet Smylie ont soulevé des points percutants au sujet des informations que les bailleurs de fonds doivent rechercher lorsqu’ils évaluent leur impact. Caroline Fiennes a indiqué que les bailleurs de fonds peuvent et doivent se montrer audacieux dans leurs innovations, mais rigoureux dans leurs évaluations. À son avis, la clé consiste à définir des questions pertinentes et à faire preuve de souplesse dans les délais et dans l’utilisation des outils de collecte des informations qui permettront d’y répondre. Luc Tayart de Borms de la Fondation Roi Baudouin a fait écho à ce point de vue : « Évaluez votre impact de façon méthodique, mais ne vous engluez pas dans les indicateurs ». Janet Smylie a souligné l’importance, d’un point de vue autochtone, de prendre en compte des données non quantifiables, comme les liens familiaux, et les différentes formes de « savoir » pour répondre aux questions concernant les effets d’une intervention donnée. Une séance sur le partage de données a aussi mis en relief les puissants outils auxquels les bailleurs de fonds pourraient avoir accès pour recueillir des données plus détaillées et plus précises et pour inclure les communautés dans la collecte des données (ce qui nous ramène au point 3).

    1. Nous devons défendre notre légitimité pour l’avenir

    La philanthropie des fondations n’est pas une « vache sacrée ». Les fondations s’exposent à des accusations d’élitisme, de manque de pertinence et de manque d’ambition à exploiter leur plein potentiel. La conférence a été le théâtre de débats dynamiques sur l’obligation de rendre des comptes, le privilège et la légitimité des fondations. Ce ne sont peut-être pas les sujets qui nous attirent à une conférence sur la philanthropie, mais si nous n’en discutons pas à cette occasion, entre nous, quand le ferons-nous? Nous avons besoin d’une trame narrative qui défend le concept de la philanthropie en s’appuyant sur des arguments dont la pertinence est actuelle. Bon nombre de conférenciers issus du monde des fondations et d’autres milieux ont souligné que les fondations ne peuvent se contenter d’invoquer leur générosité pour justifier le maintien de leur existence sans se poser de questions. Ces propos ne se voulaient pas seulement une critique; ils s’accompagnaient de conseils constructifs. On a recommandé aux fondations d’investir dans les jeunes, dans le talent de la génération montante du Canada qui s’attaque actuellement à des problèmes complexes tellement nombreux. Repérez et soutenez les jeunes leaders, développez leurs aptitudes au dialogue et à la résolution de problèmes, et cultivez chez eux l’empathie et la tolérance qui seront essentielles pour trouver des solutions : ce ne sont là que quelques exemples de stratégies pour jeter des ponts entre les privilégiés qui gravitent dans le haut de l’échelle et les jeunes talents qui se trouvent au bas. Et amener ces derniers à faire carrière en philanthropie pourrait être le meilleur moyen de défense!

    Au sortir de la conférence, les philanthropes canadiens ont bien des raisons de se montrer optimistes et ambitieux face à l’avenir. Le message de la prochaine génération de leaders est clair. Si nous nous efforçons de favoriser la participation, l’inclusion, un partage du pouvoir et l’implication de la collectivité, la philanthropie sera plus crédible et sera plus valorisante pour nous tous.

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