19 juin, 2018
De la présidente

Les fondations ont-elles besoin de fondations solides?

De Hilary Pearson

Qu’est-ce que ça prend pour bâtir une maison solide? La plupart des gens répondraient qu’il faut commencer par une fondation solide. Dans le cas d’un organisme, et non d’une maison, une fondation solide est constituée de briques et de mortier, mais surtout, de personnel, de compétences, de capital et d’outils – que l’on appelle parfois la « capacité ». Lorsque les donateurs se rassemblent, ils parlent (à l’occasion) de la capacité de leurs partenaires communautaires : ont-ils la capacité d’offrir un bon rendement, d’atteindre les résultats, de subvenir à leurs besoins, de réaliser le travail et de contribuer au changement comme ils aspirent à le faire? Or, ces bailleurs de fonds parlent-ils de leur propre capacité? Probablement pas assez souvent.

Que faut-il pour qu’une conversation sur la capacité des donateurs ait lieu? Je crois qu’il faut d’abord prendre conscience que les fondations, en tant que bailleurs de fonds, ne sont pas isolées; elles existent à l’intérieur d’un contexte, d’un domaine, d’un système. Leur force, à savoir leur capacité de rendement, repose sur la solidité du système.

Une carte nous permet d’avoir une meilleure vue d’ensemble du système. Disposons-nous d’une carte du système philanthropique du Canada? Nous commençons à en voir les contours, le système comptant de plus en plus d’intervenants. L’an dernier, le boursier de recherche sur la philanthropie originaire de l’Allemagne Michael Alberg-Seberich, qui s’est joint à nous à titre d’observateur externe, a analysé le système canadien de la philanthropie et a écrit un article à ce sujet pour The Philanthropist. Lui et d’autres chercheurs nous aident à cartographier le système de soutien pour favoriser l’essor du domaine. Ce système comprend des réseaux nationaux, comme FPC et les Fondations communautaires du Canada; des réseaux de donateurs nationaux, régionaux et locaux, comme le Canadian Environmental Grantmakers Network; des centres universitaires, notamment Philab, à Montréal, et l’Université Carleton, à Ottawa; des bases de données comme GrantConnect; des publications The Philanthropist, par exemple); et bon nombre de consultants en philanthropie.

Nous disposons donc d’une ébauche de carte. Mais pourquoi est-ce important d’être en mesure de visualiser le système de soutien à la philanthropie au Canada? Disons tout simplement qu’un système de soutien accélère la voie vers une meilleure philanthropie. Il crée un « environnement habilitant », ce que Barry Gaberman, haut dirigeant de la Ford Foundation, résume ainsi :

  • un environnement juridique qui donne des moyens au lieu de mettre des entraves;
  • une structure fiscale qui offre des mesures incitatives, et non des pénalités;
  • un mécanisme de reddition de comptes qui accroît la confiance du public envers la philanthropie et la société civile;
  • une capacité institutionnelle suffisante pour mettre en œuvre des activités efficaces;
  • les ressources nécessaires pour entreprendre ces activités.

Selon lui, c’est le système de soutien à la philanthropie qui fait de cet environnement habilitant une réalité.

Au sein de la philanthropie organisée, des discussions sur l’importance de mettre en place un système de soutien solide se déroulent actuellement à l’échelle internationale (#LiftUpPhilanthropy). Ce débat est encouragé par WINGS, un réseau mondial qui appuie les réseaux locaux de soutien à la philanthropie. En début d’année, l’organisme a plaidé pour l’établissement d’un écosystème solide à l’appui de la philanthropie.

Le réseau souligne la valeur d’un système de soutien stable pour les donateurs :

  • lieu pour la réflexion et la discussion;
  • action collective en matière de règles et de normes;
  • leadership éclairé sur des enjeux cruciaux;
  • outils de renforcement des capacités;
  • voix qui défend le système dans son ensemble.

Vraisemblablement, la philanthropie canadienne se portera encore mieux si son système de soutien est pleinement déployé. Nous y travaillons! Le système compte certainement plus d’intervenants qu’il y a 10 ans. Mais je repose la question qui a ouvert cette réflexion : les bailleurs de fonds parlent-ils assez de l’importance d’investir dans leur capacité? Et si non, pourquoi pas? Les fondations fortes et habiles ont besoin de fondations solides.

Nous reviendrons sur ce sujet dans le cadre d’un groupe de discussion composé de dirigeants de réseaux de soutien à la philanthropie au cours de la conférence de FPC qui aura lieu en octobre à Toronto. C’est à ne pas manquer!

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