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19 mars, 2018
De la présidente

Philanthropie, données et impact

De Hilary Pearson

Dans mon billet de février 2018 sur les technologies émergentes et leur importance pour l’efficacité de la philanthropie, je mentionnais la panoplie de données numériques qui sont recueillies par les gouvernements et d’autres organismes. Je soulignais qu’un accès à ces données peut offrir aux organismes sans but lucratif et à leurs bailleurs de fonds philanthropiques la possibilité de s’engager dans des interventions qui s’appuient davantage sur des données probantes et sont ainsi susceptibles de produire un impact plus grand. En même temps, cela exige l’instauration de règles pour régir la collecte, l’analyse et la diffusion de ces données, étant donné les enjeux de protection des renseignements personnels, de sécurité et de capacité.

Un nouveau rapport du laboratoire d’idées Mowat NFP, Collaborating for Greater Impact: Building an Integrated Data Ecosystem, arrive à point nommé en abordant précisément ces questions. Il présente une vue d’ensemble très utile du rôle des données dans le secteur de la bienfaisance au Canada en établissant des comparaisons avec le Royaume-Uni et d’autres pays d’Europe. Fruit d’un projet conjoint entre Mowat NFP, New Philanthropy Capital et Imagine Canada, le rapport définit l’écosystème des données, situe le contexte politique et présente des recommandations afin de créer un environnement plus favorable à la collecte, à l’analyse et à la diffusion de données.

Entre autres sources, les auteurs s’appuient sur un article de Jim Fruchterman qui est paru en 2016 dans le Stanford Social Innovation Review et est intitulé Using Data for Action and for Impact. Cet article, comme le rapport de Mowat, porte sur la collecte et la diffusion de données en vue d’éclairer les décisions et d’améliorer la performance et les résultats dans le secteur social.

Le terme « données » vous laisse-t-il de marbre? Pourquoi est-il important que vous vous intéressiez aux données et pourquoi devez-vous le faire dès à présent?

Pour répondre d’abord à la deuxième question, et revenir sur le sujet de mon billet précédent, nous devons nous intéresser aux données dès à présent, car, comme nous le savons tous, nous vivons actuellement une révolution numérique. La plupart sinon la totalité d’entre nous possèdent un téléphone intelligent et d’autres outils technologiques (une montre Fitbit peut-être?) qui recueillent et diffusent sans cesse des données. Nous sommes entourés d’un océan de données, que nous pouvons recueillir, analyser et diffuser plus facilement que jamais. Cela vaut aussi pour les organismes sans but lucratif. À mesure que ceux-ci développent des bases de données sophistiquées (à l’aide de Salesforce par exemple), ils sont à même de savoir qui sont leurs clients, mais aussi comment ces derniers interagissent avec eux, et d’assurer un suivi des résultats de ces interactions à court et, potentiellement, à long terme. Pourquoi s’intéresser de plus près aux données dès à présent? Parce que c’est inévitable.

Mais pourquoi est-ce important au juste? Parce que la philanthropie est déjà dans la course et que vous voudrez participer à celle-ci au meilleur de vos capacités. Les fondations font partie des participants, avec les organismes de bienfaisance, bénéficiaires, gouvernements et entreprises, à un système d’interactions centrées sur les données. Les bailleurs de fonds philanthropiques demandent des rapports à leurs donataires. Ils exigent des données sur les « problèmes » que les organismes de bienfaisance cherchent à résoudre. Ils leur demandent aussi des preuves de leur performance et de leurs effets, tout comme le font les bailleurs de fonds gouvernementaux. Et les organismes de bienfaisance se demandent aussi des données entre eux. Certaines règles régissent ces interactions. Un certain nombre, comme celles gouvernant la communication des renseignements personnels, sont érigées en système par les gouvernements. D’autres sont parfois établies par les organismes eux-mêmes. Par exemple, les fondations peuvent choisir de diffuser ou non des données sur le travail qu’elles font et sur l’impact qu’elles ont, mais elles ne prennent pas ces décisions dans le vide. Le partage de données dans le réseau au sein duquel les bailleurs de fonds et autres organismes exercent leurs activités devient de plus en plus la norme. On n’a qu’à penser aux plateformes des médias sociaux, qui nous incitent à partager de l’information.

Les auteurs du rapport de Mowat préconisent l’établissement d’un système intégré de données comportant des règles transparentes, mais normalisées de diffusion et d’intégration des données et offrant des moyens de coupler les données des différentes organisations, et plaident en faveur d’une nouvelle culture marquée par la diffusion ouverte et coordonnée des données. Mowat reconnaît que nous devrons surmonter certains obstacles avant d’en arriver là, à commencer par le manque général de connaissances et de moyens au sein des organismes du secteur de la bienfaisance (y compris les fondations), qui disposent de peu de temps ou de connaissances pour procéder à la collecte et à la diffusion de données. Les coûts d’un investissement dans des outils de données et les risques d’atteinte à la vie privée et d’utilisation abusive des données soulèvent aussi des préoccupations légitimes. C’est pour ces raisons que Mowat préconise l’élaboration d’une « charte des données », qui établirait un code de pratique et des protocoles de partage de données dans le secteur de la bienfaisance. Mowat suggère également que les gouvernements et les bailleurs de fonds philanthropiques fournissent une aide au développement des capacités (formation, logiciels ou personnel doté d’une expertise en la matière) et agissent même comme commanditaires de jeux de données ou comme piliers de centres ou de laboratoires de données. À ce sujet, consultez l’exposé connexe de Mowat, Bridging The Gap: Designing a Canadian What Works Centre.

FPC est sur le coup! Nous nous lançons dans le renforcement des capacités et la formation des fondations en matière de données en travaillant avec PoweredbyData à l’élaboration de précis (des exposés succincts et accessibles) à l’intention des bailleurs de fonds sur des sujets clés liés aux données. Voici quelques exemples de sujets dont nous pourrions traiter : les principaux outils dont les fondations ont besoin pour recueillir et diffuser leurs données; les moyens de tirer parti des capacités des donataires en matière de données et de les renforcer; les protocoles et outils de transfert de données dans des jeux de données couplées et harmonisées; les méthodes de mesure des résultats. Nous créerons des activités de formation axées sur ces exposés dès qu’ils seront prêts.

Quelle est LA principale question concernant les outils de données, le partage de données ou l’utilisation des données comme outil pour avoir un impact que vous aimeriez que FPC aborde dans un précis sur les données numériques? Faites-le-nous savoir!

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