15 novembre, 2017
Blogue Invites

Au-delà des bonnes intentions

De Jillian Witt

Le secteur philanthropique « répare-t-il les injustices passées ou les perpétue-t-il »? C’est la question que soulevait Heather Exner-Pirot en 2015 en exposant une série d’efforts bien intentionnés ayant mal tourné dans un article de The Philantropist intitulé « Philanthropy in the Arctic: Good Intentions or Good Works? ». L’article a suscité une importante réflexion au sein du secteur et des moments forts du colloque de Fondations philanthropiques Canada ayant eu lieu le mois dernier continuent d’apporter des réponses à cette question.

Dans son article, Exner-Pirot, stratège en sensibilisation et en engagement autochtone à l’Université de la Saskatchewan, présente plusieurs exemples d’efforts bien intentionnés qui ont mal tourné dans le Nord. Dans tous les cas, les initiatives avaient été élaborées, conçues et mises en œuvre par des intervenants externes et ne reflétaient pas les réalités et les besoins des Canadiens vivant dans le Nord. Plusieurs histoires font ressortir les occasions manquées et les échecs, dont on peut tirer un constat : il arrive beaucoup trop souvent que les personnes les plus concernées par un problème ne soient pas entendues et ne jouent aucun rôle décisionnel dans l’élaboration des solutions. On dirait parfois que le secteur  a admis en principe que cette situation pose un problème, mais en pratique, il faut un déplacement du pouvoir et une écoute véritable pour y remédier, ce que ceux qui sont en position de force ne remarquent pas toujours ou ne réussissent pas toujours à faire.

L’examen de ces défis peut susciter un malaise, mais j’ai été ravie de voir le colloque 2017 de Fondations philanthropiques Canada à Montréal s’attaquer à ce thème et inviter les participants à se pencher sur les questions suivantes :

  • Comment les fondations canadiennes peuvent-elles mieux écouter leurs partenaires communautaires?
  • Comment faire entendre les voix des principales victimes d’injustice dans notre communauté?
  • Comment remettre en question nos propres hypothèses et surmonter les déséquilibres de pouvoir et de privilège?
  • Et comment trouver et faire connaître les solutions qui fonctionnent le mieux dans la communauté?

Parmi les demandes faites aux bailleurs de fonds, deux éléments communs sont ressortis : une introspection et un déplacement du pouvoir. Les bailleurs de fonds ont des réseaux, de l’influence et de l’argent, ce qui crée un déséquilibre de pouvoir par rapport aux donataires et aux communautés qui ont besoin de ces ressources. Par conséquent, il peut être facile pour les bailleurs de fonds d’entendre et de se faire dire ce qu’ils veulent entendre, mais quelles hypothèses renforce-t-on ainsi? Comment notre propre vécu influe-t-il sur notre perception d’un problème et des solutions possibles? Membre d’un panel de discussion ayant pour titre « Comment apprendre à écouter? Une discussion entre bailleurs de fonds », Colette Murphy de l’Atkinson Foundation a souligné à quel point il peut être facile d’entendre seulement ce qui vient confirmer nos partis pris.

Plusieurs exemples présentés durant le colloque ont démontré la valeur et les connaissances que les communautés victimes d’injustice apportent à la recherche d’une solution à un problème. Meredith Graham de la Vancouver Foundation a décrit comment les points de vue des jeunes vivant en foyer d’accueil créent un meilleur système pour les jeunes lorsqu’ils arrivent à l’âge de quitter un tel foyer. « Permettez aux jeunes d’exprimer leurs opinions et tenez-en compte. Nous ne sommes pas des personnes à prendre en pitié, nous sommes des partenaires. » Dans le cas du programme Fostering Change, ce sont des jeunes ayant vécu en foyer d’accueil qui ont défini le problème et ont trouvé des solutions en collaboration avec les partenaires communautaires, ce qui a engendré une campagne positive et efficace en Colombie-Britannique.

Un exemple éloquent de transfert de pouvoir est celui de la Laidlaw Foundation. Gave Lindo de la Laidlaw Foundation a expliqué comment la fondation intègre la communauté qu’elle sert à tous les échelons décisionnels de la fondation, y compris au conseil d’administration. La fondation a dû modifier ses statuts constitutifs afin d’accroître la représentation de la communauté au sein de son conseil d’administration.

Bien que de bonnes pratiques et approches existent, je crois qu’il est juste de dire qu’elles ne sont pas encore généralisées. La plupart des organismes du secteur philanthropique ne reflètent pas le vécu et le bagage des communautés qu’ils servent. Il existe des structures afin de partager le pouvoir décisionnel avec ceux qui sont les plus concernés par un problème, mais elles sont beaucoup moins nombreuses que les approches plus hiérarchiques.

Le thème du colloque, « Écouter. Apprendre. Agir. », a mis la communauté philanthropique au défi d’écouter attentivement et d’utiliser les connaissances ainsi acquises pour apprendre et agir différemment. À ces fins, nous devons comprendre qui nous sommes, prendre le temps d’établir un climat de confiance et des liens, et trouver de nouvelles façons de partager le pouvoir. Comme le résume Exner-Pirot, « faites votre travail dans l’humilité et un esprit de partenariat. Et n’oubliez pas que la philanthropie véritable n’est pas centrée sur vous, ni sur votre organisme, ni sur votre prochain rapport annuel ».

Pour une autre perspective sur le colloque, lisez:

Blogue de la présidente de FPC: Écouter. Apprendre. Agir.
Michael Alberg-Seberich blogue d’invité: The Magic of Listening

Jillian Witt est conseillère en engagement communautaire pour The Philanthropist, une revue en ligne gratuite qui est consacrée au secteur sans but lucratif du Canada. Pour vous abonner : https://thephilanthropist.ca/mailing-list/

Billets connexes

You may also like:

Vos commentaires

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.