12 mai, 2016
De la présidente

Nouvelle réflexion sur la philanthropie et les inégalités

De Hilary Pearson

On parle beaucoup d’inégalité aux États-Unis. Les inégalités représentent aussi un enjeu au Canada, mais dans une moindre mesure. Les inégalités sont ce qui motive les politiciens à vouloir assurer la croissance de la classe moyenne et les philanthropes à vouloir multiplier les possibilités de sortir de la pauvreté. Mais que savons-nous sur les causes des inégalités? Sont-ce les quartiers dysfonctionnels, le manque d’emplois, le manque de formation et de compétences, la race, la monoparentalité? Oui, tous ces facteurs sont à blâmer. Cependant, de nouvelles façons d’analyser ces facteurs nous offrent maintenant des données plus claires sur ce qui est le plus efficace pour réduire les inégalités et améliorer les perspectives des plus démunis et, par ricochet, de tous les membres de la société. Lors d’une conférence donnée à l’Université Stanford, Raj Chetty, un universitaire américain doué qui se consacre à trouver des données probantes au soutien des politiques contre les inégalités, a fourni quelques réponses tirées de son analyse de métadonnées sur les individus et les quartiers aux États-Unis.

Au cours des cinq dernières années, de nouveaux outils ont permis de cartographier et de suivre les tendances longitudinales de l’inégalité socioéconomique. D’après Chetty et ses collègues américains, ce qui se passe durant la petite enfance est le principal déterminant de la mobilité socioéconomique, selon les données actuellement disponibles. Plus tôt un enfant a accès à des possibilités (sur le plan du logement, de l’éducation, de l’alimentation, des bonnes pratiques parentales, etc.), meilleures sont ses chances. La cartographie des données sur le revenu en fonction des données sur le lieu de résidence et sur les quartiers démontre clairement que certains quartiers sont des zones de possibilités et que d’autres ne le sont pas. Chetty a créé The Equality of Opportunity Project afin de faire valoir, à l’aide de données et de preuves, l’importance de mettre l’accent sur l’amélioration des possibilités économiques des enfants vivant dans des familles à faible revenu aux États-Unis. Un autre site Web intéressant (créé par Dean Karlan, professeur à Yale) met l’accent sur l’emploi de données probantes pour cibler les solutions les plus efficaces au problème des inégalités et de la pauvreté à l’échelle mondiale : Creating Evidence and Turning It into Better Programs and Policies for the Poor.  Le National Equity Atlas est également une source de données exhaustives permettant de suivre, de mesurer et de plaider en faveur d’une croissance inclusive.

Les travaux de Chetty démontrent que l’amélioration de la mobilité sociale ascendante augmente aussi la productivité économique au profit de tous. Ce n’est pas simplement une question de justice sociale; c’est un impératif économique. Les leçons à tirer des preuves, qui sont certainement applicables au Canada, sont les suivantes :

  • Les possibilités de mobilité ascendante doivent être créées localement (par exemple, grâce à de meilleurs logements et au développement intégré des quartiers, notamment des parcs et des centres communautaires);
  • Il est primordial d’investir dans les milieux de vie des enfants en bas âge et en particulier d’améliorer la qualité de l’éducation dans les premières années de vie.

À la même conférence, Darren Walker, président de la Ford Foundation, a expliqué pourquoi la Fondation s’attaque, d’abord et avant tout, aux inégalités.  À son avis, les inégalités sont le principal obstacle à une prospérité partagée et à la dignité humaine. Que peuvent faire les fondations? Elles peuvent trouver et financer des organismes efficaces. Selon Walker, si nous voulons susciter des changements transformationnels, nous devons investir dans les organismes et leurs dirigeants de façon à soutenir leur travail pendant plus que quelques années.

Walker sait que le secteur philanthropique ne peut pas résoudre le problème des inégalités, mais il peut faire ce que d’autres ne peuvent pas :

  • Cerner l’enjeu devant faire l’objet d’un débat public
  • Contribuer à des échanges publics
  • Fournir des pistes de solution

Ainsi, les fondations doivent cerner les enjeux et stimuler la discussion à un niveau macro, et elles doivent investir dans les organismes qui sont les plus efficaces sur le terrain. Walker a souligné que la fondation Ford réoriente sa politique d’octroi de dons en vue de faire des dons moins nombreux, mais plus importants et de plus longue durée (jusqu’à cinq ans) et d’accorder une aide financière au fonctionnement plus généreuse et sans condition. « Choisissez vos partenaires et investissez en eux à plus long terme », recommande Walker.

Voici d’autres leçons sur la lutte contre les inégalités qui ont été communiquées durant la conférence :

  • Agissez sur un ensemble complet de facteurs plutôt qu’au soutien d’une seule solution (décrocher un emploi ne suffit pas); collaborez avec les collectivités en ayant recours à des stratégies multiples, telles qu’assurer l’accès à des actifs productifs, procurer des filets de sécurité (accès à des aliments), favoriser l’épargne, développer les aptitudes à la vie quotidienne, coacher, traiter les problèmes de santé, etc.;
  • Mettez l’accent sur les femmes et les filles et sur leur éducation : les femmes éduquées investissent plus dans leur famille et leur communauté que dans elles-mêmes;
  • Cherchez des organismes et non des projets; financez seulement ceux qui évaluent leur travail; accordez-leur des fonds non affectés; continuez d’alimenter le succès. Recherchez des propositions qui sont suffisamment simples pour fonctionner, qui sont suffisamment économiques pour durer et qui accordent de l’importance à l’évaluation de l’impact.
  • Lorsque vous présentez votre travail, utilisez des mises en récit qui mettent l’accent sur les atouts et non des mises en récit qui dénigrent ou qui obligent les donataires à présenter des histoires axées sur des problèmes plutôt que sur des solutions. Pour d’autres conseils concernant les mises en récit, consultez le Stanford Social Innovation Review.

Billets connexes

You may also like:

  • Au-delà des bonnes intentions

    Jillian Witt, conseillère en engagement communautaire pour The Philanthropist, partage des points communs concernant l’autoréflexion et le transfert de pouvoir demandés aux bailleurs de fonds lors du colloque de FPC à Montréal en octobre 2017.

     

  • Faire entendre la voix de la philanthropie

    Dans ce billet de son blogue, présidente de FPC, Hilary Pearson pose la question : Ripostons-nous plus efficacement aux voix de la colère et de la peur en haussant nous-mêmes la voix comme donateurs ?

     

  • Le lieu de tous les possibles : les leçons de…

    Après l’effervescence qui régnait dans les salles du congrès de FPC, la présidente Hilary Pearson partage ce qu’elle a personnellement retenu de cet événement.

     

Vos commentaires

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.