5 février, 2018
De la présidente

La philanthropie à l’aube de la quatrième révolution industrielle

De Hilary Pearson

C’est en janvier que le Forum économique mondial tient chaque année sa rencontre à Davos, en Suisse. La couverture médiatique de cet événement est généralement centrée sur les allocutions et les déclarations des dirigeants politiques et sur les prévisions financières relatives à la croissance économique mondiale et à la répartition de la richesse. La rencontre du Forum économique mondial a toutefois un ordre du jour sous-jacent, qui porte sur la « quatrième révolution industrielle », une révolution dans l’économie humaine et la société qui est entraînée par l’émergence de nouvelles technologies. Ces nouvelles technologies s’appuient sur celles de la troisième révolution industrielle, qui a commencé dans les années 50 avec l’avènement des systèmes de traitement numérique. Elles comprennent notamment l’expansion des technologies numériques (comme l’Internet des objets), l’intelligence artificielle, la robotique, la biotechnologie, la réalité augmentée et des changements majeurs dans les secteurs de la fabrication, de l’énergie et de la géo-ingénierie.

En quoi est-ce que cela concerne la philanthropie? Ces technologies viendront peu à peu transformer la façon dont nous travaillons, mangeons, nous déplaçons, communiquons, créons et comprenons le monde qui nous entoure. Elles pourraient métamorphoser la société et l’économie et avoir des répercussions sur les inégalités, la démocratie et les rapports hommes-femmes, pour ne nommer que quelques aspects de la vie humaine. Le rôle de la philanthropie est de contribuer au bien commun, de rendre le monde meilleur. Les philanthropes doivent comprendre les possibilités et les risques qu’engendrent ces technologies s’ils veulent réussir dans le domaine, quel qu’il soit, où ils ont choisi d’œuvrer pour le bien commun.

Voici quelques exemples des effets de la quatrième révolution industrielle dans des domaines qui intéressent les philanthropes :

  • L’intelligence artificielle et l’automatisation modifient le monde du travail et les compétences nécessaires pour occuper les emplois du futur – tout philanthrope qui s’intéresse à la jeunesse, à l’éducation et à la participation au marché du travail doit comprendre ces bouleversements pour élaborer des stratégies philanthropiques pertinentes.
  • Les plateformes numériques et les médias sociaux modifient la façon dont les gens s’informent, suivent l’actualité et s’éduquent – tout philanthrope qui s’intéresse à l’engagement citoyen, au dialogue démocratique et à la participation sur un pied d’égalité doit comprendre comment ces plateformes changent le contexte dans lequel la démocratie s’exerce et les gouvernements fonctionnent.
  • Les technologies numériques transforment la recherche et les diagnostics médicaux ainsi que la prestation des soins de santé – tout philanthrope qui s’intéresse aux découvertes scientifiques ou souhaite améliorer les déterminants de la santé doit comprendre comment ces technologies multiplient les possibilités d’avancées dans le domaine de la santé.
  • Les plateformes et outils numériques connectés, comme les applis téléchargeables pour téléphones intelligents, permettent le transfert d’informations et d’« argent » virtuel directement aux personnes qui en ont besoin. Tout philanthrope qui s’intéresse au secours humanitaire, à l’aide aux réfugiés et aux migrants, et au soutien des personnes marginalisées qui sont exclues des systèmes financiers et des réseaux de communication souhaitera apprendre comment les nouveaux systèmes donneront plus de pouvoir aux gens et transformeront leur capacité de s’aider eux-mêmes.
  • La numérisation des données personnelles recueillies par les gouvernements ouvrira la voie à de meilleures interventions fondées sur des données probantes de la part des organismes sans but lucratif et de leurs bailleurs de fonds. La gestion du partage et de la sécurité de ces données nécessitera aussi l’établissement de règles que les organismes sans but lucratif et les donateurs devront impérativement comprendre et élaborer en collaboration avec les gouvernements.

Ce ne sont là que quelques-unes des raisons pour lesquelles les philanthropes doivent s’intéresser à la quatrième révolution industrielle. Ce qui devient de plus en plus évident, c’est que notre secteur, comme tous les autres, sera lui-même transformé et assistera à des changements fondamentaux dans les pratiques de ses partenaires et collaborateurs. Les philanthropes peuvent participer plus activement à ces changements à mesure qu’ils surviendront :

  • en soutenant les communautés et les organismes qui veulent comprendre les nouvelles technologies et les utiliser de la façon la plus efficace possible;
  • en concevant des stratégies qui tiennent compte des effets des nouvelles technologies et des façons d’utiliser celles-ci pour rendre les gens plus forts au lieu de les affaiblir;
  • en collaborant pour favoriser l’élaboration de cadres réglementaires qui renforcent la confiance à l’égard des nouvelles technologies en tant qu’outils utilisés au bénéfice, et non au détriment, de la vie humaine et de l’environnement à l’échelle planétaire.

Pour en savoir plus :

Le Forum économique mondial a publié un article qui définit la quatrième révolution industrielle, et a lancé une série de dix balados s’adressant à ceux et celles qui souhaitent mieux comprendre les bouleversements sociaux et technologiques très complexes à venir.

Note concernant la rencontre de Davos de 2018 : Le Forum économique mondial a mis en ligne des vidéos de certaines des discussions qui ont eu lieu à sa rencontre annuelle. On y assiste notamment à une conservation intéressante sur l’évolution de la conscience entre le professeur Daniel Dennett de l’Université Tufts, le professeur Yuval Harari de l’Université hébraïque de Jérusalem et la professeure Jodi Halpern d’Université de la Californie à Berkeley, qui se penchent sur une question fascinante : à quoi pourrait ressembler un avenir constitué de machines intelligentes et d’êtres humains conscients?

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