septembre 13, 2017 blogue-invites, Guest Blog

Faisons une promenade sur le territoire canadien de soutien à la philanthropie

par Michael Alberg-SeberichPhilanthropy Landscape

Lorsque vous vivez au cœur d’un territoire, il est parfois difficile de voir ce qui est évident. C’est ce que j’ai constaté après de nombreuses conversations au sujet de la philanthropie et de son système de soutien au Canada. C’est pourquoi j’aimerais vous inviter à faire une courte promenade imaginaire sur le territoire de la philanthropie.

La philanthropie n’existerait pas sans les Canadiens qui font des dons ou qui investissent dans des changements sociétaux (positifs). Les Canadiens ont toujours fait preuve de générosité et d’un esprit entrepreneurial. Cela a été bien documenté, notamment par le « Projet en philanthropie individuelle » d’Imagine Canada et à l’occasion de la campagne « Mes beaux moments » du gouverneur général David Johnston. Le fait que les Canadiens légueront 750 milliards de dollars canadiens au cours de la prochaine décennie donne une indication de l’énorme potentiel pour la philanthropie. Le fait que les Canadiens vivent dans un environnement où le don est encouragé, est célébré et est souvent réalisé avec curiosité alimente un vaste bassin de soutien dynamique.

Ce bassin de soutien commence là où vous déposez votre argent : les banques. Le Canada a l’un des écosystèmes bancaires les plus prospères et les plus stables au monde. Vous pouvez imaginer cet écosystème comme une vieille forêt ombrophile de la côte du Nord-Ouest. Les banques offrent un éventail de services pour établir et gérer une fondation ou un fonds orienté par le donateur. Certaines institutions mettent l’accent sur la gestion des fonds, alors que d’autres fournissent un soutien sous forme de contenus informatifs afin de gérer les dons ou les investissements d’impact. Les banques représentent une importante porte d’accès à l’ensemble du territoire.

Une autre des portes d’accès est l’écosystème extrêmement diversifié des conseillers financiers indépendants et des gestionnaires de grande fortune, un secteur en croissance au Canada. On pourrait comparer cet écosystème à la région des Mille-Îles, où toutes les îles sont différentes. En tant qu’Européen, j’ai été ébahi par le niveau d’activité dans cet habitat. Vous n’avez qu’à faire une recherche dans Google pour trouver quelques-uns des livres sur le don et la philanthropie qui ont été publiés par des conseillers financiers[1]. Cet écosystème s’est montré assez créatif pour trouver de nombreux moyens d’intégrer la philanthropie à son portefeuille de produits et à sa philosophie.

La troisième porte d’accès au territoire est la profession juridique. Imaginez un glacier majestueux. De nombreux membres de cette profession sont des partenaires de longue date et de confiance des Canadiens dans diverses affaires de nature personnelle et professionnelle. C’est pourquoi ils sont aussi d’importants gardiens lorsque les gens pensent à la philanthropie.

La dernière porte d’accès au territoire de la philanthropie est la profession de comptable et de planificateur successoral. Ces professionnels sont aussi des partenaires de leurs clients de différentes manières. Vous pouvez les imaginer comme une longue plage, comme le point d’arrivée après être entré sur le territoire de la philanthropie.

Les comptables, particulièrement ceux des grands cabinets, ont souvent des liens avec une autre profession, celle de conseiller stratégique et en gestion, qui offre des services ponctuels aux philanthropes et aux fondations, souvent gratuitement. Ces professionnels peuvent être vus comme des dunes qui défilent assez rapidement dans le paysage.

Me suivez-vous toujours? Nous pénétrons maintenant dans une zone peu explorée du territoire, qui n’a pas encore été cartographiée de façon détaillée. C’est une région montagneuse où les explorateurs de l’évaluation, du changement social et de l’innovation sociale tentent de trouver la route menant à un impact social ou environnemental durable. Cette zone est encore sauvage, car elle manque de normes. Les bénéfices pour la société nichent à haute altitude dans ces montagnes, mais on y trouve aussi des vallées parsemées d’îlots collectifs de services pour les philanthropes et de nouvelles formes d’entreprises structurées en fonction de ce type d’activité.

Le prochain écosystème qu’on retrouve sur le territoire de soutien à la philanthropie est celui de la collecte de fonds et des dons planifiés. Il est caractérisé par quelques voies navigables très larges et de très nombreux petits lacs et canaux. C’est un écosystème qui tente d’accéder aux passerelles menant aux donateurs. Il est en concurrence avec des causes, des idées et, parfois, le marketing des causes sociales.

L’écosystème de la collecte de fonds fonctionne en tandem avec une forêt interminable de deuxième ou de troisième venue, qui est composée des organismes sans but lucratif et de bienfaisance des quatre coins du Canada. Cette forêt comporte des milliers d’arbres qui tentent de pousser plus vite que les autres. Bon nombre de ces arbres se ressemblent, mais une diversité inégalée a réussi à survivre dans cette forêt, du moins jusqu’à maintenant.

Bon nombre des arbres sont marqués, car ils ont été organisés en associations à l’échelle nationale, provinciale ou municipale. Ces associations ne ressortent pas toujours du paysage étant donné la diversité globale du secteur caritatif. Elles luttent pour obtenir un pouvoir de négociation auprès des gardiens du territoire et des gouvernements.

Le dernier écosystème distinct que l’on retrouve sur le territoire est celui qui le régule : le gouvernement. Il est symbolisé par quelques hautes montagnes qui donnent une bonne vue sur ce territoire diversifié de soutien à la philanthropie afin de le réglementer et de tenter d’encourager le don et l’engagement citoyen, comme tous les autres écosystèmes composant le territoire.

En tant qu’observateur externe, je suis stupéfié par le manque de chemins traversant ce territoire de soutien à la philanthropie et par le degré élevé de concurrence. Ce phénomène n’est pas uniquement canadien, mais le Canada l’exemplifie parfois de façon troublante.

Si la philanthropie a besoin d’infrastructures pour la gérer, dans le but d’assurer sa légitimité et son impact (positif) sur la société, alors plus de synergies et de transparence sont nécessaires sur le territoire. Si nous ne commençons pas à construire de nouvelles routes de jonction sur le territoire, je crains que le système de soutien au Canada, et partout ailleurs, devienne plus axé sur le profit financier qu’il peut générer pour les fournisseurs d’infrastructures que sur les retombées positives au profit de tous que la philanthropie est censée engendrer.

Michael Alberg-Seberich est le premier récipiendaire de la bourse de recherche sur la philanthropie canadienne CKX et un récipiendaire de la bourse Mercator. Dans le passé, il a travaillé pour le German Youth For Understanding Committee et pour la Bertelsmann Foundation. Partenaire-cadre de l’organisation berlinoise Active Philanthropy, il est aussi directeur général de Beyond Philanthropy.

[1] Par exemple : Thomson, Keith. What Was Your Great Grandmother’s Name? Fifty Thoughts On How Canadian Philanthropy Can Transform You, Your Family And Your Community, Toronto, 2011; Bergman, Jack et Marlena McCarthy. Ripple Effect: Growing your business with insurance and philanthropy, Toronto, Civil Sector Press, 2015.

Ajouter un commentaire