septembre 19, 2017 De la présidente

2017 : l’année pour parler d’écoute et d’appartenance

Je crois qu’il est juste de dire que le Canada a reçu une attention favorable du monde entier en 2017, non seulement en raison de la grande notoriété de notre premier ministre, mais également pour notre succès apparent à maintenir la paix sociale. Cette harmonie contraste avec les remous sociaux que connaissent d’autres pays occidentaux qui se butent aux pressions des perturbations économiques, des changements climatiques et de la migration transfrontalière.

Toutefois, en tant que Canadiens et Canadiennes, nous devons nous demander : tout est-il réellement si harmonieux? Notre stabilité est-elle illusoire? Ces questions interpellent le secteur de la philanthropie au Canada cette année. Nous faisons face à un paysage social qui évolue très rapidement. Quel rôle la philanthropie a-t-elle à jouer dans la modération de ces pressions et, bien entendu, des conflits inhérents à l’urbanisation et à l’immigration? Nous devons nous poser des questions difficiles : dans les débats sur la vie dans nos collectivités, qui entend-on et qui risque de ne pas se faire entendre? Devant le malaise croissant suscité par l’immigration illégale (par exemple, le nombre de demandeurs d’asile qui traversent la frontière au Québec) ou la montée de l’islamophobie et des tensions religieuses (les incidents survenus à Québec), nous ne pouvons pas nous en tenir confortablement à l’idée que les Canadiens ont trouvé la potion magique du vivre-ensemble. Ce n’est pas par hasard que deux réseaux nationaux canadiens, Fondations philanthropiques Canada et les Fondations communautaires du Canada ont organisé leur congrès de 2017 sous le thème de l’« écoute » et de l’« appartenance ». Si vous parcourez les programmes de ces deux rencontres, vous constaterez que la philanthropie a des défis cruciaux à relever en ce qui a trait à la diversité : comment entendre et écouter efficacement les différentes perspectives et comment renforcer le sentiment d’appartenance?

De nos jours, le Canada est un pays essentiellement urbain. La concentration de plus en plus grande de la population dans les villes est également marquée par une augmentation croissante de la diversité. Selon les projections de Statistique Canada, les populations combinées des immigrants et des personnes de deuxième génération, qui représentaient 38,2 % de la population canadienne en 2011, pourraient représenter près d’une personne sur deux (entre 44,2 % et 49,7 %) en 2036. En outre, plus du quart de la population canadienne aurait une langue maternelle autre que le français ou l’anglais en 2036. Et si les tendances récentes se poursuivent, plus de la moitié des immigrants au Canada en 2036 seraient originaires de l’Asie. À cette diversité de la population canadienne s’ajoutent les Autochtones, dont la proportion est relativement élevée (4 %) et dont la population est en croissance.

Le Canada n’est absolument pas immunisé contre les peurs provoquées par les perceptions de différence ou d’inégalité. Au cours de notre histoire, nous avons été témoins de nombreux incidents de haine et d’expressions de préjugés, et commençons à le reconnaître en regard du passé de colonialisme et de traitement des peuples autochtones. Et nous constatons chaque jour l’agitation attribuable à la discrimination fondée sur la race ou l’ethnicité qui apparaît aux États-Unis. Étant donné les conflits qui surgissent entre des gens de différentes cultures et de différents milieux, la philanthropie au Canada ne devrait-elle pas adopter une perspective à long terme et assurer une planification en fonction de ce qui pourrait suivre?

Les fondations canadiennes sont actives dans deux domaines qui touchent notre résilience à long terme en tant que société sous pression : l’éducation et l’épanouissement de la famille, en particulier le soutien aux parents et aux enfants. Notre système public d’éducation constitue un mécanisme essentiel à l’intégration des enfants immigrants et un indicateur de réussite en ce qui a trait à la hausse du revenu. Il est en outre clairement établi que l’investissement des familles dans le développement de la petite enfance constitue un déterminant social de santé et de bien-être.

Malgré tout, je crois qu’il serait utile que les fondations s’engagent davantage dans la création d’un pouvoir « souple » – de réseaux d’interactions sociales et de réserves de capital social qui soutiennent la résilience à l’échelle communautaire et nationale. Ce n’est pas une mince tâche, mais des signes nous montrent que cette question retient de plus en plus l’attention du milieu de la philanthropie. Pour faire mieux, nous savons que nous devons bâtir des ponts et des relations de confiance avec les gens dans la collectivité. Dans le cadre de notre colloque, en octobre, nous discuterons d’approches comme le don participatif et l’investissement collectif dans les capacités de la collectivité à exprimer ses préoccupations et à présenter des solutions. L’enjeu difficile de faire plus de place à la diversité dans nos pratiques, y compris au sein des conseils d’administration des fondations, sera également abordé. Nous espérons que ces thèmes caractériseront l’évolution de la pratique des bailleurs de fonds au Canada durant l’année à venir, tandis que nous tentons de mieux soutenir la réconciliation, l’accueil de la diversité et l’établissement de consensus.

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