mai 17, 2017 De la présidente

Repenser sa stratégie philanthropique : une vision innovante

J’ai récemment eu le plaisir de passer du temps à discuter avec un groupe de dirigeants de fondations canadiennes et avec Clara Miller, dirigeante avant-gardiste de la Heron Foundation de New York. Clara a fait carrière dans le secteur sans but lucratif en tant que présidente du NonProfit Finance Fund, un chef de file dans le développement des capacités financières et les prêts de capitaux aux organismes sans but lucratif. Il y a six ans, elle est devenue présidente de la Heron Foundation, une fondation qui se consacre à aider les gens et les communautés à se sortir de la pauvreté.

Clara Miller a une vision peu conventionnelle. Elle s’est servie de son expérience en financement des organismes sans but lucratif pour tâcher de s’écarter des principes et des paradigmes du raisonnement des fondations, des axiomes qui séparent les placements et les dons, qui amènent les fondations à garder en vue un contingent des versements qui limite la manière dont elles voient le capital qu’elles doivent dépenser, et qui font en sorte que les fondations continuent de se définir comme des donateurs plutôt que comme des fournisseurs de capitaux pour le bien collectif.

Miller croit aux vertus de communiquer ouvertement au sujet de ces questions et des solutions qu’elle a trouvées à la fondation Heron. Son style est direct et drolatique. Dans son récent mot de la présidente et dans son billet sur les récriminations que Heron entend fréquemment, elle traite notamment des conventions qui gouvernent de nombreux conseils d’administration de fondations. Ses réflexions sur ces questions valent la peine d’être citées, car elles offrent une perspective rafraîchissante sur certains des principes que les fondations tiennent pour acquis :

  1. Les fondations devraient gérer leurs dons en fonction du contingent des versements. Miller souligne que la règle des décaissements ou, dans notre vocabulaire, le contingent des versements, est « incontournable sur le plan du respect des règles fiscales et est un point de données opérationnel, mais n’est pas un élément stratégique pertinent […] Les dons ne sont qu’un outil parmi bien d’autres. Par conséquent, la décision de faire plus ou moins de dons dépend de la qualité de ces dons par rapport à d’autres occasions d’investissement. »
  2. Les fondations devraient avoir deux types d’employés : des agents de programmes ou d’octroi de dons et des gestionnaires de placements. À la fondation Heron, dit Miller, « nous n’avons pas de programmes ni d’agents de programmes, et nous n’avons pas une équipe responsable des programmes et une autre chargée des placements. Nous formons une seule équipe qui s’efforce de déployer et d’attirer les différentes formes de capital qui peuvent contribuer à la réalisation de notre mission. Et pour orienter notre travail, nous consultons des experts dans des domaines ou des secteurs comme les soins de santé, le logement, l’inclusion financière, la comptabilité et les collectivités ».
  3. Les fondations devraient travailler principalement par l’entremise d’organismes de bienfaisance. Comme Miller le souligne, cette vision est imposée par les autorités fiscales (l’ARC dans notre cas). La fondation Heron aborde quant à elle « les organismes sans but lucratif dans le contexte des nombreux types d’entreprises dans lesquelles toutes les fondations (la nôtre y comprise) investissent déjà : sociétés à but lucratif ouvertes et fermées, organismes gouvernementaux, coopératives, et autres. Nous croyons que la séparation des différents types d’entreprises en fonction de leur statut fiscal (ou des instruments financiers, comme les investissements liés à un programme ou les investissements alignés sur la mission) est liée au respect des règles fiscales et non à la mission ». Par conséquent, Heron investit dans certaines entreprises et accorde des dons de capitaux d’investissement à d’autres, principalement des organismes sans but lucratif, pour les aider « à se renforcer et à devenir durables ».
  4. Les fondations devraient mettre l’accent sur l’examen des demandes de dons. Miller a inversé cela, passant d’une approche d’« examen de dossiers » à une approche de « plateforme ou réseau » (axée sur l’investissement en partenariat, le renforcement des capacités d’autres organisations et l’exploitation intentionnelle du capital social et du capital de savoir). À son avis, Heron devrait être « un investisseur social cherchant à investir des capitaux à un stade donné du développement d’une entreprise et dans une occasion de placement appropriée (société sans but lucratif ou à but lucratif, petite ou grande, ayant des capitaux propres ou empruntés) ». Elle reconnaît que ce point de vue est assez radical, tant aux yeux du personnel de la Fondation que du secteur sans but lucratif. Le changement est déstabilisant, mais, à son avis, la valeur ajoutée est énorme.
  5. Les fondations devraient investir seulement un faible pourcentage (de 5 % à 10 %) de leur portefeuille dans des investissements d’impact. Miller est d’un tout autre avis. Selon elle, « tout investissement est un investissement d’impact ». Elle affirme que « toute entreprise a un impact sur l’environnement et sur la société dans le cadre de ses activités, que ce soit par l’entremise de ses produits et services, de la façon dont elle traite ses employés, de sa chaîne d’approvisionnement, etc. Par conséquent, tout investissement a aussi un impact, qu’il soit positif ou négatif. Investir dans un but d’impact ne se limite donc pas à investir dans une catégorie d’actif ou dans un type d’entreprise en particulier, mais implique de comprendre et d’améliorer les retombées sociales et environnementales de chacun des placements qui composent un portefeuille ».

Lire et écouter Clara Miller est comme une bouffée d’air frais. Sa philosophie est déroutante et les fondations ne peuvent peut-être pas toutes adopter son approche aussi intégralement que l’a fait Heron. Mais les rendements de Heron, au sens classique du terme, sont excellents. La Fondation et son conseil d’administration diraient que leurs effets sur les problèmes complexes des communautés vivant dans la pauvreté sont plus importants que s’ils s’en étaient tenus aux modèles traditionnels. Je vous recommande chaudement de passer du temps à remettre en question vos propres idées en lisant celles de Clara Miller. Le résultat en vaudra le coût.

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