mars 10, 2017 De la présidente

Faire entendre la voix de la philanthropie

Un murmure de voix en colère s’élève dans les collectivités partout en Amérique du Nord et en Europe. Au cours de la dernière année, ces voix, exaltées et validées par certains dirigeants politiques, ont semé la peur, la haine et la dissension. Le Canada n’est pas à l’abri de ce courant, même si nos politiques ne sont pas aussi polarisées. Même ici, dans nos communautés, nous entendons plus souvent parler d’attaques verbales par des Canadiens contre d’autres Canadiens qui sont fondées sur la religion, la race, l’habillement ou les croyances. Les récents assassinats tragiques à Québec dans un lieu de prière représentent la pire des manifestations de cette colère. Bien que ce geste ait été vigoureusement et uniformément condamné par nos dirigeants politiques et communautaires, il doit nous donner à réfléchir sur ce que chacun de nous peut faire pour faire taire les voix de la haine.

Dans ce contexte, les philanthropes, ces « amoureux de l’humanité », sont certainement motivés par leurs valeurs morales et habilités par leurs ressources financières à élever davantage la voix pour soutenir la paix et la confiance sociale. Ripostons-nous plus efficacement aux voix de la colère et de la peur en haussant nous-mêmes la voix comme donateurs? Pouvons-nous donner plus de vigueur aux voix de ceux dans la communauté qui dénoncent les dissensions et la violence? Pouvons-nous, comme fondations et comme donateurs, redoubler d’efforts pour soutenir les actions visant à s’attaquer aux causes de cette colère et de cette peur que sont l’inégalité des revenus, les bouleversements économiques et technologiques, le racisme et les autres legs du colonialisme au Canada?

À notre avis, la réponse à toutes ces questions est oui. Les fondations luttent déjà contre le racisme, les inégalités et les dissensions. Dans la région du Grand Toronto, pour ne citer qu’un exemple urbain, des fondations privées comme Inspirit, Metcalf, Maytree et Atkinson parrainent des conservations communautaires au sujet de l’islamophobie, de la réconciliation et de l’équité et financent des initiatives qui ont pour but de favoriser la création d’emplois décents, une croissance économique inclusive et la protection des droits économiques et sociaux pour tous. Dans le cadre de l’initiative Canada 150, la fondation communautaire de Toronto a versé des dons s’élevant à plus de 300 000 $ à des organismes communautaires œuvrant dans les différents quartiers de Toronto pour soutenir la création de nouveaux programmes qui favorisent l’inclusion et la réconciliation.

En tant que réseau de fondations privées et publiques et d’entreprises donatrices, FPC peut en faire encore plus pour conférer une force collective au travail des fondations et des donateurs individuels. À un forum mondial ayant eu lieu à Mexico en février, FPC s’est jointe à des organismes de 41 pays qui se sont tous donné la mission d’accroître le bien-être humain par une action philanthropique plus efficace. À ce rassemblement, des conférenciers nous ont parlé des forces négatives de l’inégalité et de la répression politique qui étouffent les voix de la philanthropie partout dans le monde. Ces organismes du monde entier et nous avons décidé de faire entendre notre voix collective en tant que réseaux représentant, pour la plupart, de puissants intérêts philanthropiques. Dans une déclaration commune en tant que leaders, professionnels et alliés du secteur de la philanthropie, nous avons affirmé ce qui suit :

« Nous ne pouvons plus considérer que nos valeurs communes que représentent le respect pour la diversité culturelle et la collaboration mondiale, la réduction des inégalités entre les êtres humains, la protection des milieux naturels et la promotion du développement gagnent du terrain. Au contraire, nous constatons avec grande inquiétude que chacune de ces aspirations est menacée par des événements politiques partout dans le monde.

Nous condamnons la montée des discours de haine et la fermeture de l’espace civique. Nous nous opposons à ces tendances, que celles-ci se traduisent par des tentatives de diaboliser “l’autre”, de véhiculer des informations fausses, de bâillonner les défenseurs des droits de la personne ou d’utiliser la peur comme outil pour manipuler l’opinion publique. Nous nous engageons à lutter contre ces tendances partout où nous avons une influence. Nous utiliserons la force grandissante de la philanthropie pour mobiliser les ressources sociales, intellectuelles et matérielles de notre communauté mondiale et exploiter celles de nos partenaires. Et nous exhortons toutes les personnes de bonne volonté à en faire autant. Enfin, nous exprimons notre soutien et notre solidarité aux personnes qui se sentent menacées par la montée des préjugés ou des mouvements de suprématie nationale partout où ils se manifestent sur la planète. »

Ce sont là des mots puissants. Nous devrons nous en souvenir et les répéter aussi souvent et aussi fort que nous le pouvons pour faire reculer la colère et la peur et les remplacer par l’espoir.

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