janvier 13, 2017 De la présidente

Qu’est-ce qui est tendance en philanthropie au Canada?

Le début d’une nouvelle année est toujours un bon moment pour s’arrêter un instant afin d’examiner les tendances dans notre environnement qui pourraient influer sur nos priorités et sur le contexte dans lequel nous travaillerons au cours des mois à venir. À titre d’exemple, le Johnson Center for Philanthropy des États-Unis a relevé onze tendances philanthropiques pour 2017. Comment ces tendances américaines se comparent-elles à celles qui se dessinent au Canada? Voici cinq tendances que nous observons aussi au nord de la frontière, et quelques autres qui n’y sont pas perceptibles, du moins pour l’instant.

  1. L’augmentation du nombre de fondations : De 2004 à 2014, le nombre de fondations indépendantes a progressé de 33 % aux États-Unis. La même tendance se manifeste au Canada. En dix ans, de 2005 à 2015, le Canada a enregistré une augmentation de 28 % du nombre de fondations privées (principalement des fondations familiales) selon les données de l’Agence du revenu du Canada. Cela se traduit par un plus grand nombre de bailleurs de fonds privés, mais aussi par des collaborateurs et partenaires potentiels plus nombreux pour les dirigeants de fondation souhaitant développer des liens.
  2. Une transition générationnelle : La génération Y exerce de plus en plus d’influence sur les activités philanthropiques. Les nombreux jeunes dans la vingtaine et la trentaine qui la composent, tant Canada qu’aux États-Unis, semblent donner très différemment et pratiquer une philanthropie plus ciblée et plus engagée que les générations précédentes. Quel sera l’effet de cette tendance sur les stratégies des fondations et des donataires? À quelle vitesse et à quel point la nouvelle génération transformera-t-elle la philanthropie? Est-elle disposée à prendre plus de risques?
  3. L’attention croissante accordée aux changements systémiques : Les philanthropes s’intéressent de plus en plus aux interrelations entre les systèmes sociaux (de santé, d’éducation, de soutien du revenu, etc.). De nouveaux outils et cadres de gestion de la complexité et des interventions axées sur les systèmes voient le jour. Cette tendance est certainement perceptible au Canada. À titre d’exemple, jetez un coup d’œil aux activités de l’Academy for Systems Change et à sa collaboration avec Reconciliation Canada. Le colloque 2013 de FPC à Calgary portait sur la transformation sociale en mettant l’accent sur la pensée systémique. Tous nos rassemblements depuis ce colloque ont comporté des discussions sur la pensée systémique et sur les activités axées sur les systèmes que de nombreuses fondations canadiennes entreprennent, notamment dans le but d’influer sur les politiques publiques.
  4. Les médias sociaux comme outil de philanthropie. Bien qu’une grande part du travail des fondations demeure fermement ancrée dans l’octroi de dons et dans le financement à long terme et structuré des organismes de bienfaisance, l’importance des médias sociaux en tant que véhicules d’information, de réseautage et parfois même de financement est une tendance avérée. De nos jours, il est difficile d’accomplir efficacement son travail de bailleur de fonds sans être connecté aux médias sociaux. Et la génération Y mentionnée ci-dessus se tourne naturellement vers cet outil pour s’informer, s’inspirer, lancer des mouvements et mener des campagnes de financement participatif.
  5. Une augmentation des investissements dans le leadership. Les fondations sont appelées depuis un certain temps déjà à fournir un financement évolutif et pluriannuel aux organismes sans but lucratif pour que ceux-ci puissent renforcer leurs capacités et mettre en œuvre leurs stratégies avec plus d’efficacité. Face à un contexte qui évolue rapidement, ce qui est tendance à l’heure actuelle est l’investissement dans le leadership adaptatif. Cela vaut autant pour les bailleurs de fonds eux-mêmes que pour les organismes qu’ils financent. Alors que de nombreux organismes évoluent pour devenir plus interconnectés, moins linéaires et plus auto-organisés, un leadership adaptatif est plus essentiel que jamais pour leur permettre de devenir des agents de changement social efficaces. Comment les fondations réagiront-elles?

 

Quelles sont les tendances que nous ne devrions pas voir émerger au Canada? Une concentration extrême de la richesse, une polarisation politique plus marquée et un secteur philanthropique sérieusement mis au défi de justifier son existence et ses privilèges. Ce sont là quelques-unes des conséquences de l’augmentation des inégalités économiques et politiques au sud de la frontière. Même si nous pouvons affirmer, ici au Canada, que nous n’observons pas une tendance à la multiplication des débats discordants sur les valeurs, le rôle de l’État et les droits des citoyens, nous partageons les inquiétudes du secteur philanthropique américain face aux conséquences des inégalités. Nous devons examiner les inégalités qui existent au Canada et nous rappeler, comme l’a fait récemment l’éloquent Darren Walker, président de la Fondation Ford, dans une réflexion pour la nouvelle année, que « reconnaître que tous les êtres humains ont besoin de dignité est un préalable à toute action utile pour une plus grande justice sociale ». Un pas important vers la reconnaissance de la dignité d’autrui est l’écoute. Les bailleurs de fonds philanthropiques canadiens doivent s’efforcer de poser des questions pour veiller à ce que toutes les voix pertinentes soient entendues et prises en compte dans l’élaboration des stratégies visant à réduire les inégalités.

Notre prochain congrès à Montréal en octobre 2017 portera ce que font les bailleurs de fonds philanthropiques canadiens pour mieux écouter les victimes d’injustice, pour favoriser un discours responsable et inclusif, pour investir davantage dans les leaders communautaires et pour tendre la main à de nouveaux partenaires, particulièrement au sein des communautés autochtones. Tâchons de faire en sorte que l’écoute et l’apprentissage soient les sujets les plus tendance dans le secteur de la philanthropie canadienne en 2017!

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